25 août 2008

Un premier amour

Image modifiée de la photo originale de play4smee, Creative Commons

Léandre aime le thé depuis le premier jour où elle lui a goûté. Ses veines ont frémi de bonheur, de petits frissons de lumière, des sourires fluides de couchers de soleil lui ont traversé tout le corps. Au fond d'elle, un papillon d'or est né. Elle s'est dit: Mais comment un tel élixir, une si simple brise liquide, peut-elle me transformer au point de faire saillir en moi cette sensation... lui et moi ne feront qu'un, dilatés, toute cette vie. Une véritable alchimie. Et Léandre de grandir, bourgeon après bourgeon, tasse après tasse, au gré de ce qui lui coule au coeur de son petit coeur palpitant tout l'or du monde. Certains jours le duvet bienfaiteur d'une tendre pousse, antenne tendue aux cieux, d'autres fois l'essence de grandes feuilles brunies par le temps, par des années de recroquevillement, d'altération, de maturité... car comme elle, le thé grandit, grandit en profondeur de l'âme, en sagesse de l'Être. Petite fée, blottie dans ses rêves de chair et d'amour, elle sait que tout arrive comme le sang coule par lui-même dans nos veines, un élixir, tout comme le thé. Le papillon en elle s'affole, il a vu la lumière. La lumière qui s'exalte au loin, un appel, un miracle. Tout miracle arrive du dedans de nous-même malgré qu'il semble arriver d'ailleur... Cela Léandre le sait déjà, elle en est un elle-même, un miracle. Et ce faisceau, cette aspiration, cet inévitable voyage, l'invite à l'abandon. Il est temps de naître, encore une fois. Léandre aime le thé depuis le premier jour, ses veines ont frémi de bonheur, son coeur s'en est fait ensorceler. Elle en boira toute sa vie, dilatée, comme le col de l'utérus de sa mère, leur permettant d'entrer dans la lumière du tout, elle et son papillon.

22 août 2008

Sprawling hot Sego goes wild



"2 Wicky", Hoover





















18 août 2008

Ça s'arrose!


J'ai une nouvelle gong fu... Je l'adore. En quelle terre est-elle? Ni zhuni, ni zisha, ni duanni... Est-ce qu'elle est de potier? Non monsieur, elle est faite en série par des Taiwannais sous payés (sûrement)! Elle n'a donc pas d'âme. Et pourtant, elle prépare d'exquises liqueurs... Elle est en porcelaine, elle est neutre, elle est amnésique. Une amnésique polygame. Elle ne se souvient jamais des thés qui lui ont fait la chose, toutes familles confondues; en retour elle ne les aide en rien. Une alchimie clinique. Une vasque, une vague. L'union des seules choses qui se doivent d'être. Elle supporte, elle est aveugle. En fait elle ne veut rien voir. Moi je la trouve belle dans sa modeste apparence, les arômes s'en trouvent parfaitement libérés. On fait les fous tous les deux.

À l'aveugle j'ai fait des dégustations comparatives entre zhong, yixing cheap et Ségolène (on va dire que je vais l'appeler de même juste pour le trip... et avec un nom pareil, Parfaite Lumière ne sera pas jalouse!) pour conclure que les meilleures infusions provenaient de cette dernière petite coquine blanc crème de 10 cl. Elle a l'avantage sur le zhong de pouvoir se faire arroser. Et à 35$, on a pas peur d'éternuer pendant l'infusion. 

12 août 2008


Par la vitrine, un chien et sa maîtresse, sur le trottoir. Le temps est lourd comme une poêle de fonte. Ma peau me fait sentir à l'étroit. J'enlèverais bien tout ça mais je ne peux pas, la fermeture éclair de ma chair est bloquée sous l'oeil du public. Forcé à être là, je m'abandonne à ce poids.

Le couvercle du zhong retient les feuilles. Je ne changerais pas de place avec elles, quoiqu'elles se baignent, l'eau a l'air trop bonne. La liqueur est souple, c'est un de ces vieux sages de 50 ans. Un qui en a vu des jarres, des mains d'enfants de producteur. Je pense aux cueilleuses qui ont prélevé ces bijoux. Elles sont sûrement mortes maintenant, emportées par une vague, celle du temps, comme celle qui me fera avaler cette infusion, qui absorbera les feuilles dans son néant, qui nous engloutira nous-même comme si n'avions jamais été. Une infusion de nous-même pour la terre. Je pense à cette eau que je verse. Elle a déjà été bue, pissée, rebue, repissée. Elle a connu les nuages, les montagnes, les fleuves, les aqueducs municipaux. Elle a connu de près certaines joues tristes, des joies sans nombre, des naissances et des départs, des soleils couchants et des marées de lune. Maintenant ma tasse. Elle est porteuse. Porteuse d'arômes, de l'âme d'une terre et de ses habitants de naguère. Je l'honore dans tout son précieux.

Le chien de la dame s'abreuve d'une flaque où flottent quelques feuilles d'un arbre à l'ombre généreuse. Son dos est secoué de frissons. Je sais qu'il est aussi heureux que moi.

06 août 2008


<< Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube chaque fois se lève, se lève, se lève. [...] Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous même -aussi naturellement que peut le faire la vue d'un cerisier en fleur ou un chaton jouant  à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c'est leur présence. L'autre travail, ils le font pour les apparences, parce qu'il faut bien faire quelque chose et que personne ne va vous payer simplement pour votre présence, pour les quelques bêtises que vous dites en passant, ou pour la chanson que vous fredonnez. [...] Quoi qu'ils fassent, cela vous met du rouge au coeur, du clair au lèvres. >>

Christian Bobin, tiré de "Tout le monde est occupé"

31 juillet 2008

Il y a de ces étés qui surprennent par leur éclatement. Celui des couleurs, celui des parfums, celui des gens qui s'approchent et s'éloignent. La vie est comme ça, elle est une danse avec les fleurs. Nous n'y pouvons rien, mis à part tenter de ne pas les écraser de nos attentes maladroites, de nos jugements lourds faisant plus de mal que de bien, de notre impatience maladive de vouloir s'épanouir soi-même, souvent aux dépens des autres.

Ouverture. La fleur s'expose, vulnérable, à tous les éléments. Elle est fragile de ses voiles de carnation, de ses lances pointées au ciel, de ses nectars embaumant le voisinage végétal... elle se donne intégralement pour sa perpétuité, elle n'a pas le choix d'être aussi belle. Un bijou d'impermanence. Quand aurons-nous le réflexe d'être ainsi simplement ouvert, tout entier dans notre simplicité, sans autre possibilité que d'être merveilleusement ce que nous sommes au plus profond de notre personne, de ce corps et de cette âme qui est apparemment le résultat de ces tant d'années venant de passer? Le soleil éclaire tout, indifféremment. Le malin comme l'ange. La fleur comme la feuille. L'homme comme la punaise.

22 juillet 2008

Le thé des concubines...

Pourquoi pensez-vous qu'on aime le thé? C'est pas juste une histoire de feuilles qui infusent...

19 juillet 2008

Impression passagère, vague de l'âme, tentative vaine d'échapper à l'instant. La lumière se faufile, percole. Les branches de l'arbre de la ruelle, innocentes mercenaires du divin, ont laissé s'abattre sur ma figure vulnérable un long baiser de soleil. La surprise était telle que je n'ai pu me soustraire à l'avaler tout entier. Et j'en suis mort. Ici, à cet instant où je vous écris, je me laisse renaître. Il est de ces jours où l'on ne se serait jamais douté de pareille chose. Une mort douce comme la vie. Une vie délicate comme un dernier souffle, mince, tendu, parfait dans sa légèreté. Une libellule d'éther, un soupir d'ange, une grâce à s'éteindre. Elle est là, qui attend, qui guette, l'âme du monde. Je m'y abandonne.

16 juillet 2008

Impressions de voyage (4ème et dernière partie)


Pour finir cette suite d'impressions de mon voyage en Asie, je vous met en vrac des éléments du séjour au Japon. Ce dossier se fond dans mon vaste répertoire des "choses vues" de toute mon existence. Ainsi, avant que cela ne devienne trop abstrait, les voici dans leur cavale dans l'élan de la disparition...:

  • Théiers abîmés par la récolte mécanique, ça me fait mal au coeur de les voir ainsi: désir de ne plus boire de thé japonais;
  • Bestiole se camouflant dans un petit tube d'écorces qu'elle s'est confectionné pour manger les feuilles en toute quiétude;
  • Beuverie de saké avec Hugo dans la chambre d'hotel, confidences spontanées;
  • Plusieurs restaurants avec de bons trucs et bien des choses prisées par les Japonais mais douteuses pour nous: Friture d'intestins de boeuf dans leur sauce, le natto (horrible: fèves de soja fermentées et gluantes, plus près d'après moi de la texture/parfum d'un compost jeune en plein été et l'intérieur d'une couche de nourrisson!), tripes amères de moules de couleur vert fluo, calamar cru (j'ai vraiment cru falloir rejeter!), entrailles d'un poisson gisant à leurs côtés, et sûrement maints autres que mon inconscient a tenté d'oublier...!;
  • Maisons avec plus de désordre que je ne l'aurais cru: plus aucun remords ou complexes par rapport à l'esthétique et l'ordre zen que j'imaginais les Japonais pratiquer dans leurs demeures;
  • Des graines de théiers récoltées sur un vieux sage de 350 ans, ancêtre des futurs premiers théiers québécois (ah! le réchauffement climatique pourra peut-être me permettre de faire une récolte à mes vieux jours!);
  • Visite d'un Pachenko lounge: hallucinant, genre de casino abrutissant où les joueurs sont à des genres de machines à sous où ils font tomber, d'une manière passive, des centaines de petites billes de métal sur un fond troué où un écran se trouvant au fond visionne des soaps d'amour japonais ultra kitch... apparemment que des hommes dépensent leur salaire à aller "décrocher de leur quotidien" à ces endroits où le bruit est le pire que j'ai entendu à vie, une vraie transe électrique...;
  • Arcade de jeux vidéo: Hugo, Pierre et moi sommes allé dans ces grands photomatons (3 mètres sur 3 mètres) possédant des échelles et barres horizontales pour se suspendre: les 6 viseurs s'illuminent en alternance pour prendre des images dans toutes les directions, bien sûr accompagné d'une musique techno vraiment intense. Photos mémorables;
  • Quincaillerie nippone: Mon Dieu! Que de beaux trucs pour la cuisine: râpes, brosses, tetsubins, éponges, pinces, brûleurs, couteaux...;
  • Marché du thé à Shizuoka: une journée où les banchas de printemps étaient marchandés. Il fallait porter des casquettes de stagiaires, les autres avaient des bleues (acheteurs), vertes (producteurs) et jaunes (employés/arbitres).
  • Visite chez notre fournisseur de théières kyusu: Tellement, tellement de théières!!! Tellement que plus rien n'avait l'air spécial, même celles de potier, tant c'était la jungle des modèles. Je ne regrette pas de ne m'en avoir point acheté, mais j'ai craqué pour une tetsubin forgée par une toute petit fonderie artisanale du nord de Tokyo;
  • Et pas de salons de thé, mais des Café Starbucks partout! ...presque à tous les coins des grands boulevards;
Bah! C'est certain qu'il y a pleins de détails et anecdotes que je pourrais retrouver dans les décombres de ma mémoire... je ne me gênerai pas pour les écrire plus tard. Ce voyage chez ces fous et sages Japonais!


10 juillet 2008

Le baiser


Son allure me ravit. Son parfum. Sa lumière, sa couleur, sa clarté. Au plus profond de la courbe de son lit, réceptacle impassible, un petit tapis de brisures  me rappelle que ce liquide ne tire pas ses origines de l'espace, -comme son charme éthéré pourrait le laisser croire,- mais bien de ces feuilles voyageuses nées de l'amour du soleil, de la pluie, de la terre et de l'homme. Il sommeille dans une humeur chaude et paisible. Tel plusieurs petits renardeaux enfouis au fond d'un terrier, blottis, inextricablement unis dans la quête d'une tiédeur bienfaitrice. Cette tasse de thé, chaude et calme, sans vague, sans soucis d'être astringente ou amère, pleinement à moitié vide. 


Humer sa tiédeur, son âme. S'emplir soi-même de paysages, les laisser vivre au fond de son ventre, les laisser partir. Parce que le thé nécessite qu'on le laisse passer. Il est de la catégorie des oiseaux ou des papillons, de ceux qui meurent si l'on tente de les emprisonner. 


Impressions de fête. La première vague. Une marée timide qui s'avance, ressac après ressac, jusqu'à ma lèvre. Un baiser délicieux. J'ai toujours aimé les baisers. Je trouve que c'est le moment le plus fort. Celui où les attentes n'attendent plus, où l'union de deux êtres qui ne s'attendent plus se retrouvent ouverts et comblés. Le bonheur est là lorsqu'on ne l'attends plus. Et c'est peut-être pour cela que j'aime tant le thé (embrasser les tasses de thé!). À chaque infusion, la surprise du premier baiser. La douceur, la texture, le goût, la vigueur et enfin, l'expérience. 


L'expérience de ceux et celles qui l'ont élevé et conditionné, de ceux qui l'ont rencontré et prisé, pour enfin arriver jusqu'à nous, là, ouverte, présente. Les lèvres tendues, dans l'attente sans attente du baiser, on oublie trop souvent que ce qui effleurera notre bouche à tout moment, est né de l'expérience de bien des êtres. Nous ne sommes jamais les premiers et c'est très bien ainsi. Et à chaque fois c'est différent. C'est ce qui est merveilleux. Pendant que l'union s'effectue, dans la danse fluide de la langue et des saveurs, du palais et des arômes volatils, du coeur et de l'âme du thé, l'écoute s'impose. Un silence, celui du premier baiser. Un silence plein.


Et c'est dès que ce silence s'éteint, avec les premières pensées qui sont là à ce croire plus intelligentes que ce qui est, que l'expérience simple et authentique se termine. Un baiser en pensant n'est jamais vraiment bon. Une tasse de thé non plus. Et j'ai maintenant mon dire que toute expérience où ma tête mène le jeu n'est qu'une expérience médiocre manquant de la spontanéité que l'on attribut aux enfants (et comme la vie était douce et bonne alors, lorsque le temps passait beaucoup moins vite que maintenant...!). Le thé et l'humilité ne devraient faire qu'un. Le coeur simple n'est pas sous l'emprise du savoir et de la connaissance. Il est, tout simplement. Comme ce liquide merveilleux au fond de ma tasse.