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07 juillet 2010

La Maison de thé CHA YI

Chers lecteurs et lectrices, je reviens tel le survenant, un soubresaut dans la blogosphère francophone du thé, un petit spasme de message pour annoncer de grandes choses...

D'abord, ma petite Milane est née au temps des fleurs de lilas et de pommier, elle est adorable. Les sessions de gong fu cha sont certes beaucoup moins nombreuses depuis son arrivée, je découvre la simplicité d'un zhong sur le coin d'une table, des infusions refroidies par le délai d'un changement de couche, des moments de dégustation à la regarder dormir à poings fermés. Et quelle bonne odeur elle dégage! J'ai presque reconnu dans son beau petit cou une effluve de Si Ji Chun ou de Jin Shuan...

Puis une autre chose, un rêve qui devient réalité: j'ouvre en septembre ma propre maison de thé, La Maison de thé CHA YI. Située à Gatineau, près d'Ottawa, la boutique et petit salon de thé offrira plus d'une centaine de crus artisanaux importés directement d'Asie, soit par mes propres contacts ou par des distributeurs tels que le Camellia Sinensis, mes anciens employeurs. Vivre de ma passion est le plus beau cadeau que je puisse me faire, ouvrir mon propre établissement me permettra de transmettre à mes clients l'énergie sacrée et inspirante qui entoure le thé telle que je la conçoit. D'ailleurs, j'offrirai une série d'ateliers thématiques ainsi que des activités de dégustation d'une façon hebdomadaire.

Je vous invite donc à visiter notre site web: www.chayi.ca

Et si vous passez par la région de la capitale canadienne, je vous invite cordialement à venir nous voir et déguster un thé délicieux! Au plaisir de vous y croiser!

Maison de thé CHA YI
61, rue Eddy, Gatineau (Hull), QC
J8X 2V8
info@chayi.ca
www.chayi.ca

13 janvier 2010

Bercé par les yan cha


Tous ces mois ont passés, la vie a suivi son cours de façon simple mais intrigante à la fois, des suites tumultueuses dans une plaine sans fin où tout semble la même chose à l'infini, où les moindres mottes d'herbes, les terriers de quelque bête que cela soit, les nuages taciturnes qui se frôlent, se mêlent à l'horizon imperturbablement horizontal, ne laissant qu'un sentiment sans fin de plus finir, une stagnation calme. Et pourtant, une sensation d'être porté, que tout est bien, que ça bouge là, en-dessous. La fougère qui dort sous une épaisseur de neige de plusieurs mois. Le printemps est promis.

Ce printemps ne devrait pas être comme les printemps précédents: les récoltes de Darjeeling, Bi Luo Chun et Long Jing, les arrivages à la maison de thé, les dégustations, les enivrement qui se succèdent au fil des tasses. Les feuilles s'éveillant, les fleurs se dévergondant. Non, ce printemps devrait être tout autre. La récolte d'une petite perle rose, de petites mains, petits pieds, yeux brillant, regard clair sur le monde. Le grand cru des récoltes du printemps sera mon premier enfant, celui qui bouge déjà amplement et qui se prépare dans la douce coquille que lui procure mon amoureuse.

Pendant l'hiver, les thés de rochers me réchauffent le coeur. Il fait froid à Montréal. Ces thés me font du bien, ils changent à chaque infusion, parfois une surprise simple, une autre un éblouissement, rarement une déception flagrante. Shui Jin Gui, Da Hong Pao, Shui Xian, Bai Ji Guan sonnent comme les cloches d'un temple dans la vaste campagne blanche de givre délicat. Les glaçons de ma bouilloire se mettent à fondre, l'eau me fait la discussion jusqu'à s'emporter, elle s'ébat sur ces feuilles sombres, leur fait l'amour comme dans les plus beaux rêves, les fait jouir de leurs plus beaux parfums. Abandonnés, liquéfiés, ils m'enflamment. Je ne les connais pas, je les laisse me montrer les découvrir, insaisissables, sauvages. Je suis en amour.

31 mai 2009

Le nomade et son Sencha Ashikubo

Je sais, ça fait extrêmement longtemps que je n'ai pas écrit. Désolé pour les visites vides pendant mon absence. L'automne a été difficile pour moi, l'hiver a été long, j'ai vécu une période de transition et aujourd'hui, disons, de renaissance. Pendant cette période le thé a toujours été à mes côtés, il m'a suivi dans mes moments de vacillements, le silence accompagnait les lampées de liqueurs divines... et c'est pour cela que je n'ai pas écrit. Je me devais de faire des articles sur le Blogue du dégustateur du Camellia Sinensis, conseiller derrière le comptoir les petites merveilles qui s'y trouvent, servir les thés au salon mais le thé demandait que je garde le silence sur mes impressions personnelle en tête-à-tête avec lui. Voilà. Et maintenant que je suis de nouveau sur la route, encore nomade mais cette fois pour assez longtemps (pour plusieurs mois si la Vie le veut bien!), un road-trip sur la côte ouest canadienne et américaine, mon zhong de voyage et mon bocal thermos me suivant pas à pas dans mes péripéties extrême-occidentales!


Je suis présentement en Colombie-Britannique, à Nelson plus précisément. La ville est superbe, les paysages magnifiques mais, ici, pas de bons thés. Des Earl Grey à la lavande et des Rooibos pomme-cannelle ça oui. Mais j'avais prévu le coup! Je suis parti avec plusieurs échantillons à tester en route et quelques sachets tous pleins de mes incontournables: Darjeeling First Flush, Huiming, Pu Er (quelques uns...) et, le plus approprié d'après moi pour faire des heures de route, le Sencha Ashikubo. Quelle merveille! Je ne m'en lasse simplement jamais! Cet équilibre, ce fruité, sa texture. Il réveille superbement les sens. Pour son prix, c'est vraiment un bijou. Il est d'ailleurs le plus populaire des Sencha au Camellia Sinensis, ce n'est pas pour rien, c'est bien que moi et mes collègues le recommandons à "tour de bras" à nos clients! Et le petit plaisir supplémentaire qui me vient de ce thé, c'est qu'il a été trouvé et sélectionné par Hugo et moi-même lors de notre voyage au Japon en 2008... je me réserve donc un petit orgueil à son sujet...! Comme thé de moyenne gamme à boire tous les jours, je ne saurai jamais assez le recommander! 


J'espère que vous vous portez tous très bien, je n'ai pas eu la chance de trop surfer la blogosphère du thé ces derniers mois, un simple besoin de me retirer... je sais que vous comprendrez. Au plaisir de reprendre contact avec vous!


09 octobre 2008

Soleil liquide




Un Long Jing mémorable par un matin d'automne d'une beauté profonde. La nature toute entière s'était éclairée d'une tendre lumière, magicienne de l'instant.

19 septembre 2008

Détour


Le thé n'est qu'un prétexte; ce que je cherche véritablement est le silence de l'attention pendant chaque gorgée.

Photo par Hypergurl, Creative Commons

28 août 2008

Strange, le monde est strange

Suite au strip-tea-se de Ségolène on me demandait si je pouvais prochainement mettre à nue une de mes galettes cloîtrées depuis quelques mois... Rien n'est plus attirant qu'une recluse ayant pris les voeux de chaste-thé pour faire fantasmer la galerie. Je n'aurais tout de même pas cru le faire de sitôt mais Raphaël de Black Teapot m'a donné le goût d'aller sniffer de par leur entreposage pour voir si une amélioration potentielle de la jeune condition les affligeant serait perceptible au simple flair. Eh bien ça sentait bien bon tout ce joli p'tit monde! 

Presque au hasard, j'attrapai une galette que j'avais goûté une seule fois à sa réception l'an dernier. Une galette étrange: ni Pu Er ni thé noir, elle est supposé se bonifier avec l'âge mais... ouais, bon. Son nom lui va bien: 2006 Feng Hua "Qi Cha" (strange tea)* Raw Pu-erh Tea of Yong De (Yunnan Sourcing, 36$US). Scott mentionne qu'elle est very special. En effet. Fleuri (ylang-ylang), légèrement fruité (raisin blanc, pamplemousse), boisé (santal, vetiver), belle épaisseur, persistance moyenne (florale). Ressemble beaucoup à un Yunnan Dian Hong Gong Fu mais avec une note Pu Er dans sa minéralité et sa texture plus sucrée, moins lourde, plus fleuri. C'est pas très complexe, c'est loin d'être fantasmagorique mais ça a du "Qi" (oh là là, je me met en terrain glissant là...) et c'est légèrement vallonné en relief. Après un litre ça deviendrait un peu écoeurant, mais en gong fu cha avec une pause ça et là, c'est quand même bon. Du moins pour le prix...

25 août 2008

Un premier amour

Image modifiée de la photo originale de play4smee, Creative Commons

Léandre aime le thé depuis le premier jour où elle lui a goûté. Ses veines ont frémi de bonheur, de petits frissons de lumière, des sourires fluides de couchers de soleil lui ont traversé tout le corps. Au fond d'elle, un papillon d'or est né. Elle s'est dit: Mais comment un tel élixir, une si simple brise liquide, peut-elle me transformer au point de faire saillir en moi cette sensation... lui et moi ne feront qu'un, dilatés, toute cette vie. Une véritable alchimie. Et Léandre de grandir, bourgeon après bourgeon, tasse après tasse, au gré de ce qui lui coule au coeur de son petit coeur palpitant tout l'or du monde. Certains jours le duvet bienfaiteur d'une tendre pousse, antenne tendue aux cieux, d'autres fois l'essence de grandes feuilles brunies par le temps, par des années de recroquevillement, d'altération, de maturité... car comme elle, le thé grandit, grandit en profondeur de l'âme, en sagesse de l'Être. Petite fée, blottie dans ses rêves de chair et d'amour, elle sait que tout arrive comme le sang coule par lui-même dans nos veines, un élixir, tout comme le thé. Le papillon en elle s'affole, il a vu la lumière. La lumière qui s'exalte au loin, un appel, un miracle. Tout miracle arrive du dedans de nous-même malgré qu'il semble arriver d'ailleur... Cela Léandre le sait déjà, elle en est un elle-même, un miracle. Et ce faisceau, cette aspiration, cet inévitable voyage, l'invite à l'abandon. Il est temps de naître, encore une fois. Léandre aime le thé depuis le premier jour, ses veines ont frémi de bonheur, son coeur s'en est fait ensorceler. Elle en boira toute sa vie, dilatée, comme le col de l'utérus de sa mère, leur permettant d'entrer dans la lumière du tout, elle et son papillon.

22 août 2008

Sprawling hot Sego goes wild



"2 Wicky", Hoover





















18 août 2008

Ça s'arrose!


J'ai une nouvelle gong fu... Je l'adore. En quelle terre est-elle? Ni zhuni, ni zisha, ni duanni... Est-ce qu'elle est de potier? Non monsieur, elle est faite en série par des Taiwannais sous payés (sûrement)! Elle n'a donc pas d'âme. Et pourtant, elle prépare d'exquises liqueurs... Elle est en porcelaine, elle est neutre, elle est amnésique. Une amnésique polygame. Elle ne se souvient jamais des thés qui lui ont fait la chose, toutes familles confondues; en retour elle ne les aide en rien. Une alchimie clinique. Une vasque, une vague. L'union des seules choses qui se doivent d'être. Elle supporte, elle est aveugle. En fait elle ne veut rien voir. Moi je la trouve belle dans sa modeste apparence, les arômes s'en trouvent parfaitement libérés. On fait les fous tous les deux.

À l'aveugle j'ai fait des dégustations comparatives entre zhong, yixing cheap et Ségolène (on va dire que je vais l'appeler de même juste pour le trip... et avec un nom pareil, Parfaite Lumière ne sera pas jalouse!) pour conclure que les meilleures infusions provenaient de cette dernière petite coquine blanc crème de 10 cl. Elle a l'avantage sur le zhong de pouvoir se faire arroser. Et à 35$, on a pas peur d'éternuer pendant l'infusion. 

12 août 2008


Par la vitrine, un chien et sa maîtresse, sur le trottoir. Le temps est lourd comme une poêle de fonte. Ma peau me fait sentir à l'étroit. J'enlèverais bien tout ça mais je ne peux pas, la fermeture éclair de ma chair est bloquée sous l'oeil du public. Forcé à être là, je m'abandonne à ce poids.

Le couvercle du zhong retient les feuilles. Je ne changerais pas de place avec elles, quoiqu'elles se baignent, l'eau a l'air trop bonne. La liqueur est souple, c'est un de ces vieux sages de 50 ans. Un qui en a vu des jarres, des mains d'enfants de producteur. Je pense aux cueilleuses qui ont prélevé ces bijoux. Elles sont sûrement mortes maintenant, emportées par une vague, celle du temps, comme celle qui me fera avaler cette infusion, qui absorbera les feuilles dans son néant, qui nous engloutira nous-même comme si n'avions jamais été. Une infusion de nous-même pour la terre. Je pense à cette eau que je verse. Elle a déjà été bue, pissée, rebue, repissée. Elle a connu les nuages, les montagnes, les fleuves, les aqueducs municipaux. Elle a connu de près certaines joues tristes, des joies sans nombre, des naissances et des départs, des soleils couchants et des marées de lune. Maintenant ma tasse. Elle est porteuse. Porteuse d'arômes, de l'âme d'une terre et de ses habitants de naguère. Je l'honore dans tout son précieux.

Le chien de la dame s'abreuve d'une flaque où flottent quelques feuilles d'un arbre à l'ombre généreuse. Son dos est secoué de frissons. Je sais qu'il est aussi heureux que moi.

16 juillet 2008

Impressions de voyage (4ème et dernière partie)


Pour finir cette suite d'impressions de mon voyage en Asie, je vous met en vrac des éléments du séjour au Japon. Ce dossier se fond dans mon vaste répertoire des "choses vues" de toute mon existence. Ainsi, avant que cela ne devienne trop abstrait, les voici dans leur cavale dans l'élan de la disparition...:

  • Théiers abîmés par la récolte mécanique, ça me fait mal au coeur de les voir ainsi: désir de ne plus boire de thé japonais;
  • Bestiole se camouflant dans un petit tube d'écorces qu'elle s'est confectionné pour manger les feuilles en toute quiétude;
  • Beuverie de saké avec Hugo dans la chambre d'hotel, confidences spontanées;
  • Plusieurs restaurants avec de bons trucs et bien des choses prisées par les Japonais mais douteuses pour nous: Friture d'intestins de boeuf dans leur sauce, le natto (horrible: fèves de soja fermentées et gluantes, plus près d'après moi de la texture/parfum d'un compost jeune en plein été et l'intérieur d'une couche de nourrisson!), tripes amères de moules de couleur vert fluo, calamar cru (j'ai vraiment cru falloir rejeter!), entrailles d'un poisson gisant à leurs côtés, et sûrement maints autres que mon inconscient a tenté d'oublier...!;
  • Maisons avec plus de désordre que je ne l'aurais cru: plus aucun remords ou complexes par rapport à l'esthétique et l'ordre zen que j'imaginais les Japonais pratiquer dans leurs demeures;
  • Des graines de théiers récoltées sur un vieux sage de 350 ans, ancêtre des futurs premiers théiers québécois (ah! le réchauffement climatique pourra peut-être me permettre de faire une récolte à mes vieux jours!);
  • Visite d'un Pachenko lounge: hallucinant, genre de casino abrutissant où les joueurs sont à des genres de machines à sous où ils font tomber, d'une manière passive, des centaines de petites billes de métal sur un fond troué où un écran se trouvant au fond visionne des soaps d'amour japonais ultra kitch... apparemment que des hommes dépensent leur salaire à aller "décrocher de leur quotidien" à ces endroits où le bruit est le pire que j'ai entendu à vie, une vraie transe électrique...;
  • Arcade de jeux vidéo: Hugo, Pierre et moi sommes allé dans ces grands photomatons (3 mètres sur 3 mètres) possédant des échelles et barres horizontales pour se suspendre: les 6 viseurs s'illuminent en alternance pour prendre des images dans toutes les directions, bien sûr accompagné d'une musique techno vraiment intense. Photos mémorables;
  • Quincaillerie nippone: Mon Dieu! Que de beaux trucs pour la cuisine: râpes, brosses, tetsubins, éponges, pinces, brûleurs, couteaux...;
  • Marché du thé à Shizuoka: une journée où les banchas de printemps étaient marchandés. Il fallait porter des casquettes de stagiaires, les autres avaient des bleues (acheteurs), vertes (producteurs) et jaunes (employés/arbitres).
  • Visite chez notre fournisseur de théières kyusu: Tellement, tellement de théières!!! Tellement que plus rien n'avait l'air spécial, même celles de potier, tant c'était la jungle des modèles. Je ne regrette pas de ne m'en avoir point acheté, mais j'ai craqué pour une tetsubin forgée par une toute petit fonderie artisanale du nord de Tokyo;
  • Et pas de salons de thé, mais des Café Starbucks partout! ...presque à tous les coins des grands boulevards;
Bah! C'est certain qu'il y a pleins de détails et anecdotes que je pourrais retrouver dans les décombres de ma mémoire... je ne me gênerai pas pour les écrire plus tard. Ce voyage chez ces fous et sages Japonais!


10 juillet 2008

Le baiser


Son allure me ravit. Son parfum. Sa lumière, sa couleur, sa clarté. Au plus profond de la courbe de son lit, réceptacle impassible, un petit tapis de brisures  me rappelle que ce liquide ne tire pas ses origines de l'espace, -comme son charme éthéré pourrait le laisser croire,- mais bien de ces feuilles voyageuses nées de l'amour du soleil, de la pluie, de la terre et de l'homme. Il sommeille dans une humeur chaude et paisible. Tel plusieurs petits renardeaux enfouis au fond d'un terrier, blottis, inextricablement unis dans la quête d'une tiédeur bienfaitrice. Cette tasse de thé, chaude et calme, sans vague, sans soucis d'être astringente ou amère, pleinement à moitié vide. 


Humer sa tiédeur, son âme. S'emplir soi-même de paysages, les laisser vivre au fond de son ventre, les laisser partir. Parce que le thé nécessite qu'on le laisse passer. Il est de la catégorie des oiseaux ou des papillons, de ceux qui meurent si l'on tente de les emprisonner. 


Impressions de fête. La première vague. Une marée timide qui s'avance, ressac après ressac, jusqu'à ma lèvre. Un baiser délicieux. J'ai toujours aimé les baisers. Je trouve que c'est le moment le plus fort. Celui où les attentes n'attendent plus, où l'union de deux êtres qui ne s'attendent plus se retrouvent ouverts et comblés. Le bonheur est là lorsqu'on ne l'attends plus. Et c'est peut-être pour cela que j'aime tant le thé (embrasser les tasses de thé!). À chaque infusion, la surprise du premier baiser. La douceur, la texture, le goût, la vigueur et enfin, l'expérience. 


L'expérience de ceux et celles qui l'ont élevé et conditionné, de ceux qui l'ont rencontré et prisé, pour enfin arriver jusqu'à nous, là, ouverte, présente. Les lèvres tendues, dans l'attente sans attente du baiser, on oublie trop souvent que ce qui effleurera notre bouche à tout moment, est né de l'expérience de bien des êtres. Nous ne sommes jamais les premiers et c'est très bien ainsi. Et à chaque fois c'est différent. C'est ce qui est merveilleux. Pendant que l'union s'effectue, dans la danse fluide de la langue et des saveurs, du palais et des arômes volatils, du coeur et de l'âme du thé, l'écoute s'impose. Un silence, celui du premier baiser. Un silence plein.


Et c'est dès que ce silence s'éteint, avec les premières pensées qui sont là à ce croire plus intelligentes que ce qui est, que l'expérience simple et authentique se termine. Un baiser en pensant n'est jamais vraiment bon. Une tasse de thé non plus. Et j'ai maintenant mon dire que toute expérience où ma tête mène le jeu n'est qu'une expérience médiocre manquant de la spontanéité que l'on attribut aux enfants (et comme la vie était douce et bonne alors, lorsque le temps passait beaucoup moins vite que maintenant...!). Le thé et l'humilité ne devraient faire qu'un. Le coeur simple n'est pas sous l'emprise du savoir et de la connaissance. Il est, tout simplement. Comme ce liquide merveilleux au fond de ma tasse.

02 juillet 2008

Impressions de voyage (3ème partie)


La saveur d'un fukamushi commence à m'enivrer en vous écrivant cette première phrase. La couleur émeraude de son infusion est brillante. Ses arômes enveloppants de légumes verts (bette, mâche, haricot vert...) sont délicats mais arrivent jusqu'à mes naseaux encore endormis. Décidément, ce ne sont pas des impressions que j'ai pu associer à mon voyage au Japon; mis à part les dégustations comparatives chez les producteurs, je n'ai carrément pas eu la chance d'en boire une seule tasse... Ah oui, une seule fois... à Nara, une tasse de hojicha dans une boutique de céramiques hallucinantes, juste avant ma rencontre avec Hiroko...

C'est impressionnant à quel point plusieurs femmes japonaises sont belles. La proportion me rappelle celle des Québécoises. À chacun de mes retours au pays, après avoir voyagé dans plusieurs contrées, je suis surpris de voir à quel point la proportion des femmes québécoises spécialement ravissantes est élevée. Au Japon, j'ai été agréablement touché par ce même état des choses. Hiroko n'en fait d'ailleurs pas moins partie de ce groupe (vous pouvez juger par vous même sur la photo, son minois se trouvant sur ma gauche). Simple, distinguée, détendue (en apparence...). Ne parlant qu'à peine l'anglais, Pierre nous servant d'interprète, elle m'a été présentée comme étant une étudiante en aromathérapie et en massage thérapeutique, fan inconditionnelle du café, de la campagne et des bons restaurants. Pierre m'avait dit: "Les Japonais ne sont pas fonceux (activement séducteurs...), même si tu es du type timide, tu peux pas faire pire qu'eux! En tant que Gaijin, la partie est presque gagnée d'avance. Reste simplement toi-même et détends toi". Après un copieux repas arrosé de saké et une tournée de champagne dans un petit bistro très sympa, notre échange, compliqué vu la barrière de la langue, était tout de même très intéressant. En tant que Québécois naturel du type "bon gars", je n'ai bien sûr rien brusqué... Comment aurais-je pu, ne pouvant rien interpréter de ce que ma galante pensait: les Japonaises sont d'une discrétion impénétrable. Tout ce que j'apprenais du reste de la soirée provenait de Pierre qui me racontait les maigres détails filtrés par sa fiancée à qui Hiroko se confiait uniquement. Une attirance était à lire dans tout ça. Une bise (c'était déjà beaucoup apparemment pour une nippone n'ayant jamais passé de temps avec un étranger auparavant!) est venu clore la soirée fort agréable. 

Plus tard, à la fin du séjour sur l'archipel, je passai un après-midi entier avec Hiroko, seuls tous les deux avec notre handicap linguistique pallié d'un dictionnaire "english-japanese". Un moment magique passé en sa compagnie, sur la terrasse d'un superbe petit café d'un parc d'Osaka, elle à lire ses notes en préparation à un examen d'aromathérapie, moi à lire "Le Parfum" de Suskind. Dans un silence complice, les mots nous manquant (vous savez pourquoi...), le Soleil nous baignait d'entre les branches d'arbres en fleur. Les rosiers et les pivoines embaumaient, les effluves du café (quelle surprise!) montaient de nos tasses, le sol tiède sentait bon la terre grasse... tout cela venait me rappeler pourquoi je lisais ce livre et pourquoi j'étais là. Entre les quelques phrases presque artificielles que nous échangions, le silence était bon. Une douce balade dans les avenues du parc et de la grande ville puis vint le temps des adieux, des moments qui ressemblent à ceux dans les films qui finissent en nous laissant une sensation d'incomplétude, d'ouverture éthérée presque inconfortable: le quai de la gare. La possibilité de commencer quelque chose qui demanderait beaucoup d'effort, de temps et de distance phénoménale en ne sachant même pas vraiment à qui j'ai affaire (quoique même mariés pendant plusieurs décennies, certains ne semblent parfois même pas connaître celui ou celle dormant à leurs côtés, m'a-t-on dit...) mis à part la sensation d'être avec une séduisante complice. Je n'ai pas laissé le Japon prendre mon coeur.

Je reviendrai au thé dès le prochain article, je vous le promet... J'en ai fini de ma petite digression de charmes. Le voyage est pour moi plus une histoire de gens que de choses vues ou faites. Sans ces moments, mon séjour en aurait été moins profond, moins riche. Maintenant installé dans ma nouvelle chambre où je viens d'aménager avec trois merveilleux colocataires buveurs de thé, -que je sais avoir la chance de vous présenter dans un futur proche-, la candeur de vivre m'habite d'autant plus que je me trouve si chanceux d'être là... une tasse de sencha à mes côtés!

21 juin 2008

Impressions de voyage (2ème partie)

Je suis parti de Taiwan avec le sentiment que je laissais une partie de moi dans ses montagnes. Le dernier soir, l'air était bon sur Muzha, la lune brillait de son croissant parfait, les théiers étaient paisibles dans l'obscurité apportant sa fraîcheur bienfaitrice. Le retour sur Taipei, ce vendredi soir là, fut surprenant tant le contraste avec les deux semaines passées en campagne était colossal. Les scooters et les taxi avaient beau couper notre voiture, les sens-unique nous narguer de leur complexité aberrante, l'impression profonde et vivante de la paix des sommets restait immuable en moi.

Tokyo. La mode est au Japon, tout le monde en parle. En tout cas, on m'en avait beaucoup parlé: -"Ah! tu t'en vas au Japon?" -"Oui, une semaine... et deux à Taiwan." -"Ah! chanceux! le Japon..." (Rien à foutre de Taiwan, hein!?!). Bon, je comprends, les gens ne connaissent pas la petite île qui a fournit à l'archipel nippon tout le bois de ses forêts pour la reconstruction de ses temples pendant l'occupation. L'autre chose dont on (par "on" je ne parle pas spécialement des gens du Camellia Sinensis) avait insisté de me faire part préalablement au voyage, c'est à propos des coutumes et des bonnes manières à appliquer là-bas. On m'a quasiment traumatisé d'avance à l'idée de faire des gaffes de salutations, de bévues impardonnables, de me faire grotesque... déjà que les Japonais auraient apparemment l'image du Gaijin barbare et inculte, sans raffinement, je ne voulais pas en rajouter sur notre pauvre cas! Bref, j'arrivais au Japon avec une certaine appréhension vis-à-vis les "moeurs contenus locaux", ce que, pour un épanoui spontané comme moi, pouvait sembler une prison sociale. "La recherche d'harmonie", m'a-t-on expliqué le pourquoi de tant de "japoniaiseries". Et oui, c'est vrai. C'est en ordre, ça coule, c'est paisible... c'est effectivement la première impression que j'ai eu de cette société.


 On monte dans le train, tout est calme et propre. Les agents de bord sont souriants... peut-être même un peu trop. On vous salue. Encore. Encore trop. Mais tout se veut harmonieux, c'est compréhensible. "Bon ben, je serai un Gaijin comme ces îles en ont vu passer des milliers avant moi, un de ceux qui font de leur mieux, qui ne veut tout de même pas louper son voyage à regarder le sol tant courbettes il y a, quitte à passer pour un maladroit niais qui ne tourne pas ses chaussures -une fois- en montant la marche de la maison ou qui, exaspéré par une julienne de carotte qu'il ne peut saisir de ses baguettes laquées glissantes, la prend rapidement avec ses doigts -et que tout le monde a vu, bien sûr-!" Et se fut un "tant pis!" des plus libérateurs...

Ce n'est déjà pas si facile de trouver une maison de thé à Taipei ou, en général, sur l'île de Taiwan. C'est encore pire au Japon. Les Starbucks sur tous les coins de rue, les machines distributrices de shincha ou oolongcha frais en bouteille PET, font oublier aux Japonais ce qu'est LE THÉ. Pour les jeunes, ils croient pratiquement que nous leur faisons une blague lorsqu'on leur mentionne que nous sommes venus du Canada pour chercher des Sencha et Gyokuro, que des étudiants canadiens consomment quotidiennement du thé à notre salon (et en plus, en théière kyu-su à la méthode du Sencha-do!!!).  Tout pour dire que je n'ai pas pu boire beaucoup de thé au Japon pendant mon périple...

Nara. Premier dîner en famille. Pierre, notre traducteur, un Québécois parlant un japonais quasi-parfait qui étudie la forge de sabre japonais avec un maître depuis trois ans et qui se marie, cet automne, avec une jolie fille du coin. Ils me préviennent alors que pour le lendemain, suite à la visite du producteur de Tsukigase, un rendez-vous galant a été arrangé pour moi avec la meilleure amie de la fiancée! 

La visite chez monsieur Iwata a été pour moi une première aventure dans la campagne japonaise. Les jardins impeccables, la passion de l'homme qui fait tout, de A à Z, tout seul. Amateur de thé noir, il ne cesse de faire des expériences, étudie des livres par lui-même sur leur sujet, en produit plusieurs kilos par année. C'était à vrai dire plus ou moins intéressant de ce côté là mais ses Sencha étaient vraiment délicieux. 

Après avoir visité les différents jardins et la fabrique, goûté plusieurs de ses thés verts et noirs, discuté de nos impressions (dans une ambiance de respect et d'écoute, soit dit en passant...), mangé des boules de riz gluant roulées dans des vermisseaux minuscules (!!!), le choix du sencha et de ses quantités conclues, nous repartions vers Nara et ma prétendante...

Suite de l'histoire sous peu...

10 juin 2008

Impressions de voyage (1ère partie)

De retour depuis maintenant plus de deux semaines, la poussière retombée et les souvenirs bien en place, je peux enfin prendre un instant pour vous partager quelques unes de mes impressions de voyage. C'est aussi que je n'ai pas chômé dernièrement: Avec les arrivages des thés de printemps et tout le boulot que cela entoure pour moi (descriptions web, tastings, photos, etc.), la préparation des activités-conférences du week-end prochain, mon déménagement qui approche (je vous en reparlerai...), les minutes me sont presque comptées. 

Premièrement, je suis tombé amoureux de Taiwan. Pas spécialement de la pollution parfois dense de ses grandes villes, non plus de son architecture généralisée en béton armé et encore moins de ses petits-déjeuners au chou mouillé, porc et marinades étranges. Je suis tombé sous le charme de cette île sublime par son arrière-pays et ses paysages splendides, ses habitants généreux, simples, honnêtes, sympathiques et travaillants, par le chaos "maîtrisé" qui  y règne (un bordel magnifique à la chinoise et un ordre soutenu à la japonaise, créant un hybride goûteux d'un équilibre parfait d'après moi), par le thé et le savoir-faire (et le respect) des gens qui le produise... 

J'ai goûté plus de bons thés que de mauvais malgré le fait que la plupart des thés produits (du moins dans la grande région productrice de Nantou) le sont fait industriellement. Les rencontres avec les producteurs furent toutes aussi intéressantes et sympathiques les unes que les autres. Mon coup de coeur va pour la région de Hualien pour ses paysages, la qualité de ses thés (à des prix plus bas) et l'esprit d'innovation de ses producteurs: outre plusieurs thés rouges et verts produits (souvent en bio) en plus des wulong de haute et basse altitude, j'y ai goûté des "expériences" ressemblant étrangement à du Darjeeling! Monsieur Pong, un nouveau contact pour nous dans cette région, m'a offert un paquet d'un wulong vieilli de plus de 50 ans que son père lui a légué... des notes franches de Pu Erh avec le sucré caramélisé du wulong... vraiment spécial! D'ailleurs, fait intéressant: Plusieurs nous ont recommandé de ne pas tenter de nous acharner à faire vieillir des Pu Erh avec le faible taux d'humidité relative de l'Amérique du Nord mais de plutôt diriger nos ambitions temporelles vers le vieillissement des wulong, qui nécessite un taux d'humidité bien plus faible (les Taiwannais se battent contre l'humidité dans leur cas... comme quoi rien n'est parfait pour personne!). Le soucis c'est que les Wulong vieillis disparaissent presque aussi vite que les vieilles galettes et que les producteurs ne perpétuent pas la tradition de faire du vieilli tant la demande pour le frais est grande.
 
Tung Ting, Ali Shan, Yu Shan, Shan Linhsi, Hsin Chu, Mucha... que de beaux moments le nez au vent entre les visites de jardin... le Soleil était de la partie pour toute la durée du voyage (mis à part les quelques jours où nous étions sur Taipei). Hugo et moi avions une belle complicité sur toute la ligne. Que cela soit pendant les tastings où, en silence, nous goûtions avant de faire nos choix (qui généralement était les mêmes!) ou sur la route, nous avons passé ensemble des moments inoubliables. 

Autres moments précieux: les rencontres avec Stéphane Erler (Tea Masters) et Aaron Fisher (The Leaf), deux vrais passionnés, furent fort intéressantes, l'atelier sur les Pu Erh à Taipei (où nous avons dégusté entre autre un 1934 vraiment hallucinant!) avec le prof, spécialiste de cuisson de wulong, qui a sa technique d'épuration (par le feu...) des Pu Erh shu, la visite à la maison de publication du magazine Art of Tea (où j'ai vu mon zhong de rêve... 150 ans, magnifiquement trop cher...) et celle à la compétition de thés de style Tung Ting à Luku où environ 4500 thés étaient jugés sous nos yeux... des instants qui restent presque palpables, pour ne nommer que ceux là.

Je souhaite à tous les passionnés du thé de se faire le cadeau de rencontrer les théiers pour de vrai. C'est définitivement touchant... Le premier que j'ai rencontré, à Pinglin, je l'ai embrassé et me suis prosterné devant lui avec une reconnaissance totale. Ce n'est plus un rêve. Je ne vois plus le thé de la même façon, je l'apprécie maintenant d'autant plus que je sais tout ce qui l'entoure. Formose, la belle, tu me reverras ça c'est certain... 

01 mai 2008

21 avril 2008

C'est pas d'la pub mais presque... simplement parce que c'est bon!

Petit scoop pour les amateurs de Darjeeling 1st flush. Le Camellia Sinensis a reçu deux de ses différents crus de Darjeeling: le Sungma (15$/50g) et le Risheehat (12$/50g). J'ai eu personnellement l'honneur de descendre du camion les premières caisses et de les ouvrir (à ma grande surprise, contrairement à l'habitude avec les thés indiens, le tout était emballé sous-vide) pour découvrir le parfum frais du premier arrivage de l'année. 

Le Sungma est particulièrement incroyable... Bourgeonneux, fin, aromatique.  Son végétal me rappelle étonnement le Long Jing, sa fleur celle de l'oranger... Splendide.
En zhong, je lui trouve tout son caractère aromatique, en théière je le trouve un peu doux quoique... le "décalage horaire" doit encore se faire sentir, la soute à bagage de la British Airways qui leur a permis de voyager jusqu'à Montréal était sûrement très fraîche, ce qui a "engourdi" le thé. 

Le Risheehat est plus corsé, très frais, plus fruité. Ses feuilles sont un peu plus brisées, ses bourgeons moins duveteux (type plus classique vs le type "clonal" du Sungma). Je prédis que son réveil d'ici quelques semaines lui conférera des notes encore plus charnues. 

Enfin, le printemps n'est pas juste arrivé de ses tulipes et des jupes des femmes coquettes... Vive le thé, spécialement pendant qu'il est tout frais! Encore faut-il mériter la capacité de l'apprécier, comme on le mentionne dans cette vidéo:



04 avril 2008

Thé rouge de Hualien

Un petit sac échantillon que Hugo m'avait rapporté de son voyage du printemps dernier à Taiwan a resurgit de mon armoire à thé ce matin: un thé rouge de la région de Hualien, sur la côte est de l'île.  Je l'avais goûté à la va-vite l'été dernier avant mon départ pour la France. Il m'avait laissé une bonne impression, sans plus. Cette fois, il m'a frappé par ses subtilités et sa persistance aromatique.
 
Texture moelleuse, ample en bouche, fruité-acidulé (pomme, cerise, pêche), épicé (cannelle, muscade), mielleux... un genre d'hybride entre un Bai Hao (surtout), un Bao Zhong cuit, un thé rouge de Chine et un thé noir du Sri Lanka. 

En zhong:  3,5 grammes, eau à 90C pour commencer, 95C après la troisième infusion, temps d'infusion relativement court: 20-30 secondes pour les 4 premières infusions. Première infusion un peu banale (genre Ceylan/Assam) pour ensuite gagner en fruit et en tout le bon nommé plus haut dès la seconde infusion. J'ai bien pu en tirer 7 vraiment agréables. 

Stéphane le propose dans sa sélection (ça me semble carrément être le même!). Il en fait d'ailleurs une description vraiment détaillée que je vous conseille de consulter ici.  Hugo et moi avons déjà rendez-vous avec le producteur de ce thé pour notre passage par la côte est de l'île au début du mois de mai. J'espère que nous pourrons alors s'en procurer une petite quantité pour le CS (l'an dernier Hugo avait choisi de ne pas en acheter compte tenu son prix élevé). Il aura au moins un conseiller en boutique qui le recommandera ardemment à ses clients... en plus de le boire!


03 avril 2008

L'art de la Présence

Depuis mes toutes premières expériences avec le thé, l'aspect "sacré" de cette boisson m'a spécialement touché. Ce-dernier est resté au coeur de ma spiritualité au quotidien, quoique parfois bousculé par des aspects plus intellectuels, ne prenant cependant aucune forme de rituel. Le Chanoyu aurait pu m'intéresser mais je trouve sa forme vraiment trop rigide et sans spontanéité, en plus d'être ultra-nippone... surtout lorsqu'on sait ce qu'ils pensent des Gaijin pratiquant la cérémonie! J'apporte donc, tout simplement, beaucoup de présence avant, pendant et après (pour la vaisselle entre autre!) la dégustation. Percevoir les sensations: le silence derrière les sons, textures et chaleur, saveurs, arômes, beauté des objets, de la couleur de la liqueur, et cela sans m'accrocher aux pensées qui surviennent. Inspiré par l'enseignement du Zen et celui d'Eckhart Tolle que j'ai rencontré exactement à la même période de ma vie que celle où le thé a croisé mon chemin, cette manière de vivre en pleine conscience est l'épine dorsale de mon existence. Le thé est, pour moi, son véhicule idéal.

D'ailleurs, Stéphane de Tea Masters parle ici de l'attitude d'ouverture que le dégustateur devrait adopter pour percevoir les subtilités d'un thé. À quelque part, la présence c'est cette simplicité du regard de l'enfant qui voit avec ses yeux et son coeur, non avec son intellect.

Je découvre récemment la Voie coréenne du thé. Un Esprit bien plus simple et moins figé que celle pratiquée au Japon. Vraiment, je suis étonné à quel point il comporte des similitudes avec ma pratique personnelle. Pour ceux qui ne connaissent pas du tout ce rituel, je me permet de vous présenter un extrait trouvé ici sur le sujet résumant ses principes:

<< Dans toutes les cérémonies, les gestes essentiels restent le même. Au début le service de thé est disposé sur un plateau légèrement élevé devant celui ou celle qui va préparer le thé, couvert d’un tissu. Tous se saluent en s’inclinant, les main jointes. Puis le tissu est enlevé, plié et posé par terre. Les tasses, qui étaient rangées le haut en bas sont retournées. Du versoir, de l’eau chaude est versée dans la théière, puis de la théière dans les tasses afin de les chauffer et de les nettoyer. Une nouvelle mesure d’eau est mise à refroidir dans le versoir. Le thé est mis dans la théière avec une cuillère en bois, puis on verse l’eau chaude dessus. L’eau qui chauffait les tasses est jetée; le thé est alors servi en passant plusieurs fois d’une tasse à l’autre pour que le goût du thé soit également réparti. Chaque tasse est placée sur une sous-tasse en bois, sauf dans la cérémonie de l’offrande du thé au Buddha, quand la sous-tasse est alors en céramique. S’il y a des invités, les tasses leur sont portées; les mains jointes, chacun s’incline en signe de reconnaissance avant de boire.

 Chacun prend le temps de contempler la couleur du thé et de savourer son parfum avant de boire. Ayant bu, chacun suit la progression et l’évolution du goût sur la langue, dans la gorge, avant de savourer le goût qui reste dans la bouche. On verse une nouvelle mesure d’eau chaude dans la théière et, après une brève pause, toue l’infusion est versée dans le bol-versoir, qui sert à remplir les tasses. Ceci se répète d’habitude une troisième fois. Ensuite les tasses reviennent à la personne qui préside la cérémonie pour être lavées. Le thé est vidé de la théière, qui est lavée aussi. Quand tout est terminé, le service à thé est recouvert du tissu puis, de nouveau, chacun se salue, les mains jointes.

 “Un coeur concentré”

  De même que la Voie est ouverte à chacun, chacun est tenu d’observer l’esprit de la Voie exprimé par la phrase “un coeur concentré.” Alors que les gestes pour préparer et boire le thé sont des plus simples, ils doivent s’accomplir dans un esprit qui convient à la Voie; cela dépend de l’état d’esprit, du coeur de l’individu et se résume en quelques mots.

              Dans le décor comme dans les ustensiles, dans l’attitude et les gestes de ceux qui préparent et boivent le thé, certaines qualités sont requises: le naturel, la simplicité, la modération, l’assurance, la souplesse, la reconnaissance. Par ces mots il devient évident que la Voie du Thé coréenne, enseignée par l’Institut Panyaro, n’est point une “cérémonie du thé” formelle et ritualisée mais une “Vie du thé” où chacun pratique les valeurs les plus essentielles en accomplissant les gestes d’une des activités humaines la plus simple qui soit.

 Nous savons bien que tout dans la vie s’en va comme la neige qui fond au printemps; et pourtant il y a un fond essentiel qui ne s’en va point. Permettre à chacun de découvrir ce fond en buvant le thé: voilà l’unique but de la discipline de la Voie du thé.

Assis dans la solitude et le recueillement, là où l’on boit le thé, écoutant le bruissement leger de l’eau qui frémit sur les braises, préparant le thé, savourant son goût à la fois doux et amer, prenant conscience paisiblement des pensées qui s’éveillent, sortant de l’illusion par cette contemplation sereine, nous nous préparons à vivre d’une manière qui en soit digne: voilà la raison pour la pratique de la Voie du thé.

Purifier corps et âme par une pratique constante de la Voie du thé, atteindre à une unité en son propre être et avec la nature profonde de l’univers, et arriver ainsi à une véritable liberté: voilà le but fondamental de la pratique de la Voie du thé.

Collaborer à l’édification d’un monde plus habitable pour tous sur la base de cette nouvelle liberté: voilà un autre but pour tous ceux qui aiment le thé.

Le Zen du thé

 La ‘Voie du thé’ part du geste simple et quotidien de boire le thé pour en faire une ‘voie’ spirituelle.

Le ‘Zen du thé’ indique qu’on touche à une meditation intuitive en buvant ainsi le thé.

Le Zen est une réalité qui ne peut s’expliquer par la parole ni par l’écriture. Le Zen est concentration et prise de conscience positive.

Le Zen est éminemment libre et original, subjectif en même temps.

Le Zen offre un raccourci pour arriver à une individualité sans limites.

Tout comme le thé.

Il suffit de préparer le thé et de savourer sur le bout de la langue ses six goûts: amer, âpre, acide, salé, poivré, sucré.

Le thé et le Zen doivent constamment gouverner et diriger le corps et le coeur; c’est seulement ainsi que vous arriverez à ce niveau.

Voilà pourquoi l’on dit, ‘le thé et le Zen ont une même saveur,’ et encore, ‘le thé et le Zen sont un.’>>


Et voici, comme si ce n'était pas assez, un autre lien ici vers l'article de Wikipédia (en anglais) sur le sujet. 

En image:


31 mars 2008

Mengku Gong Ting 2007

Un p'tit Shu ben correct pour 14$ les 400 grammes chez YS. Ok, c'est pas super complexe. Ok, ça dure pas 15 infusions en gong fu cha. C'est un super p'tit Pu Erh Shu de tous les jours (genre en grande théière, sur les feuilles) déjà très buvable dès maintenant: pas de notes ammoniacales, de poisson ou de moules, de pipi ou autres substances bizarroïdes. Eh! Moi je bois les Shu quand j'ai envie d'une liqueur foncée et réconfortante, si j'ai abusé de cookies ou de chips grasses, pas quand j'ai envie de quoi de complexe... à ce moment là, les Sheng rentrent en scène... j'en profite pour saluer au passage ceux qui trouvent que la différence entre les Sheng et les Shu n'est pas importante!