15 octobre 2008

Un week-end chez papa







"Trav'lin' Light" de Billie Holiday

09 octobre 2008

Soleil liquide




Un Long Jing mémorable par un matin d'automne d'une beauté profonde. La nature toute entière s'était éclairée d'une tendre lumière, magicienne de l'instant.

29 septembre 2008


Toute la lumière du monde y est filtrée. Toute la tendresse. Si on avait à résumer tout l'or du monde ce serait ses feuilles. De légers lingots non moins inestimables, non façonnés par l'homme mais amoureusement par l'univers. La bourse, le cours du métal précieux, peut bien s'effondrer, lui, riche de tout cet or éphémère, resplendit humblement dans toute sa lumière. Ses plumes viendront bientôt qu'à tomber elles aussi mais dans la dignité de perpétuer la vie. Quand on meurt, on ne perd pas la vie, on la multiplie: le monde des vivants ne s'en trouve que réjouit, il pullule frénétiquement, il explose, en somme il savoure le carnaval de la transformation. La beauté simple. Aujourd'hui le balancement de l'or dans la brise d'automne, demain le terreau de jours heureux, noir comme l'or. La nature relève du miracle... les yeux ouverts, le coeur incrusté de nacre brillant, l'âme à la cime, l'or à la tête, je contemple paisiblement cet ami qui me donne tant.

19 septembre 2008

Détour


Le thé n'est qu'un prétexte; ce que je cherche véritablement est le silence de l'attention pendant chaque gorgée.

Photo par Hypergurl, Creative Commons

15 septembre 2008

Un moment sous la pluie




Un de mes petits plaisirs préférés, la douceur des tartines de confiture de fraises bénies d'un Darjeeling, me rappelle que je suis bien vivant et que la mort ne pas ma saisie lorsque nous nous sommes croisés la nuit dernière. Elle avait pris la forme d'une voiture et de son chauffeur -si on peut se permettre de l'appeler ainsi. Ce dernier ressemblait au cliché que je me fais des vieux noirs se berçant paresseusement sur le porche d'une maison délabrée d'Alabama, les petites  lunettes au bout d'un nez ridé. Le sol était luisant de pluie, noir comme l'encre humide. Nous nous sommes touchés. J'ai senti - malgré l'intense dégustation de Scotchs et Pu Er dont mon esprit se remettait à peine, - la force de cet instant, une fenêtre rien que pour moi, une exclusivité bouleversante: j'avais beau être avec mes amis, je serais mort seul. Coquette dans le luisant de la bruine, la mort m'a dit, regarde, je suis là, toujours aussi belle d'imprévisibilité, de nuances, t'en serais-tu douté?, j'aurais pu te prendre, voler ta présence, ici ta forme ne tient qu'au fil du rêve, aussi fragile qu'une brise tiède dans la moiteur des ruelles endormies. Un rêve bien réel, le pare-choc de la voiture posé contre ma jambe. Même si sur le coup je crie des injures au pauvre homme hébété, peu importe lesquelles sortent de mon ventre, je vois bien que ce n'est pas à lui qu'elles s'adressent, elles sont pour la mort, cachée sur la banquette arrière... c'est le moins qu'on puisse faire, on peut se permettre de crier au fauve que l'on sait en cage, la faux s'était déjà arrêtée. Une seule évidence, s'éteindre embaumé par les effluves des élixirs bus quelques instants plus tôt m'aurait fait paraître ce dommage plus léger, l'âme déjà propulsée au cieux n'en aurait à peine vu la différence.

Aujourd'hui je regarde les gens qui marchent sur la rue, j'en reconnais quelques uns qui habitent le quartier. Que je sois mort ou non, tout continue. Tout le rien ne change. L'harmonie du monde, au sein du chaos paisible de chaque moment qui passe.

Photo modifiée de l'originale par benoit_d, Creative Commons
Musique: Philip Glass par Kronos Quartet, String Quartet #3, "Mishima"

14 septembre 2008

Le retour du branleux

Eh bien coup donc! C'est ici ma maison! Au Québec on appelle ça un "branleux" (à ne pas confondre avec un "branleur"), c'est-à-dire quelqu'un qui n'arrive pas à ce décider. Il essaye quelque chose, tente un autre truc... C'est aujourd'hui ce que je suis... et je suis désolé d'avoir à me montrer à vous sous cet angle avec mes hésitations de la semaine.

Et que voulez-vous, j'arrive pas à écrire sur du blanc, je préfère le noir. J'ai réalisé que je ne pourrai pas me passer de faire de petites anecdotes théesques de temps en temps, que Le Zhong Nomade était pour moi aussi un endroit d'humour et de convivialité qui manquait au "trop sérieux" que je m'offrais dans une autre version de blogue. En fait, plus j'y pense, plus j'apprécie le style de Patrick de En forme de Poire, un mesclun de thé et de tout le reste, un melting teapot de plein d'affaires. Merci à Raphaël et Vanessa pour m'avoir fait réaliser assez tôt que j'avais le droit de simplement écrire comme je le sentais même si l'absence de commentaires n'impliquait pas forcément un désintérêt. À bientôt alors...

Grisaillerie


Un accouchement sans difficulté, un glissement hors du noir, une naissance d'un petit matin gris de son ciel. Il est d'un velouté terrible, immobile dans sa pesanteur. J'ai l'âme qui s'y mêle. Une tasse de thé se porte volontaire à la rescousse d'un réveil aussi lâche que celui de son hôte. La réincarnation avait été appelée pour une autre destination, il y a eu erreur je vous dis, ce sont les oiseaux du paradis que je vous avais commandé, non, c'est bien la bonne adresse d'esprit, y aurait-il eu un déménagement, oui, c'est bien possible, j'étais perdu. Un glissement hors du noir, c'est comme un accouchement sans difficulté, c'est ensuite de respirer qui brûle. Ce petit matin gris, tout lourd, il me montre que l'immobilité n'est rien d'autre qu'un glissement, si lent, que le velouté du temps est délectable.

11 septembre 2008

Pause

Dans l'air frais qui monte du sol d'un début d'automne beau comme un trésor, l'or oblique gratine doucement leur cime calme. Fontaines d'encre vert, la sève semble leur monter à la tête, au fond d'une chevelure quiète. C'est bien moi qui suis affolé devant leur sage immobilité. Un contraste frappant qui fait taire en moi toute demande, tout désir. Ces arbres paisibles ont été là, toute la journée, pour d'autres. Des hommes et des femmes, des enfants et des chiens, des romances et des déchirures, des poubelles qui débordent. Maintenant je choisis de m'arrêter à mon tour, de les rejoindre pour ce moment d'éternité, pour savourer les derniers rayons d'amour que déverse l'univers.

Bourdonnements et tourbillons de moucherons affamés frôlant la périphérie de l'âme, faisant se tendre les poils d'éther à la surface de mon corps. Je sens la tension du mouvement qui veut se perpétuer, qui me veut avec lui dans sa danse, qui a besoin que j'y participe... sinon il n'est rien.

Rien car, s'en est la preuve, les yeux amarrés aux plus grands maîtres qui soient, les géants de la lenteur, les arbres baignés de lumière, la renaissance m'envahit. Mon cœur bat sous l'écorce, il y est plongé vivant. Les racines me poussent, creusent l'âme du monde jusqu'à son plus caché, inavoué, les calmes couches n'appartenant à personne. Disparaissent ainsi les spasmes du faire. Les vagues déferlentes peuvent bien s'abattrent pour m'emporter, elles se butent à un banc de pierre d'autant plus solide que j'y suis ancré. L'œil du cyclone.

Sortir du mouvement est un art d'abandon, un abandon si simple mais qui requière la volonté de mourir à soi-même, fermer la porte au nez de celui qui croit être ce qu'il fait. 


10 septembre 2008

Surdose


OK. Ça me sort par les oreilles. Depuis que je m'occupe du nouveau blogue du Camellia et que ma vision du thé a pris un tournant un tantinet plus simple, écrire sur le sujet à deux endroits me donne carrément la nausée. Je sais que je ne consacre plus le temps nécessaire à poster régulièrement de nouveaux billets ni d'afficher de commentaires sur vos blogs que je lis trop peu (mais sachez que je trouve que la plupart d'entre vous font un travail extraordinaire... conservez votre passion à flammes dévorantes!). Je ne crains aucunement que la blogosphère francophone du thé souffrira particulièrement de la latence prolongée du Zhong Nomade.

J'ai posté, depuis les quelques dernières semaines, de petits textes ne portant pas précisément sur le thé. Je sais que mes quelques lecteurs sont des mordus invétérés du thé, c'était la mission de ce blog depuis le début, mais j'ai trouvé dommage de ne pas avoir plus de comebacks sur ce qui m'habite plus personnellement, dans mes délires poétiques. Écrire, c'est révéler aux autres ce que notre âme nous invite à découvrir de nous-même.  Et en ce-moment, à baigner à tous les jours dans le monde du thé, j'endure une surdose. C'est comme ça.

Seulement pour ceux que ça intéresse (et sachez que le thé ne risque pas d'être au rendez-vous...), vous êtes les bienvenus-es à venir visiter ce qui me servira de nouvel exutoire littéraire: Murmures de lumière

Je me promet de continuer à venir vous visiter... Continuez à vous enivrer d'infusions merveilleuses, le thé est béni de par tous les élixirs! À bientôt!

03 septembre 2008

Jours de soleil

Les parcs baignés de soleil me donnent des frissons. Des frissons de bien-être. Les grands arbres aux teintes de verts si éclatés de lumière, la brise tiède qui les fait marmonner de vagues récits d'une langue étrangère que l'on comprendrait si l'on écoutait bien, les gens installés dans son sein qui s'affairent à se trouver des fils de discussions ou des bricoles sur quoi faire joujou. J'aime l'ombre et son herbe si fraîche et son mouvement qui tend toujours à nous fuir, comme si le soleil amoureux de notre chair fragile se vouait à nous embraser où que nous tentions de nous cacher. Ces jours ensoleillés sont bénis. Ce sont ces quelques oasis de tiédeur, de lumière, de parfums aériens emplis de vie, qui me font survivre tout le reste de l'année. 

Je suis sur un banc. Christian Bobin illumine la noirceur de la lumière de la mort de sa femme. Il nous dit que la vie est dure... Sûrement est-ce aisé de convaincre le commun des mortels autre que moi, j'ai du mal à le lire. J'aimerais pouvoir accepter ce fait. La réalité c'est que j'ai commencé ma vie en croyant que tout était si merveilleux, la vie je t'aime, écrivai-je avec une branche dans la neige ou dans le sable pendant les années de mon enfance et de mon adolescence. Puis sont venues les expériences. Celles que l'on oublie parce qu'on le veut bien mais qui ne nous quittent vraiment jamais. Celles qui nous donne l'impression d'être plus sage mais qui plutôt nous crispent, nous coupent de cette innocence, celle de l'oiseau, de l'idiot du village ou du chat devant le trou de la souris qu'il guette. Cette simplicité du coeur, je la retrouve lorsqu'une branche enivrée de soleil laisse filtrer de ses feuilles abandonnées un rayon bienveillant. M'a-t-elle donc quitté qu'une seule fois déjà? Non, elle est toujours là, cette fraîcheur, cachée sous les duvets des années, des moments de perdition. Elle est là qui guette, qui attend, comme la souris défiant le chat de l'autre côté de sa vie.

28 août 2008

Strange, le monde est strange

Suite au strip-tea-se de Ségolène on me demandait si je pouvais prochainement mettre à nue une de mes galettes cloîtrées depuis quelques mois... Rien n'est plus attirant qu'une recluse ayant pris les voeux de chaste-thé pour faire fantasmer la galerie. Je n'aurais tout de même pas cru le faire de sitôt mais Raphaël de Black Teapot m'a donné le goût d'aller sniffer de par leur entreposage pour voir si une amélioration potentielle de la jeune condition les affligeant serait perceptible au simple flair. Eh bien ça sentait bien bon tout ce joli p'tit monde! 

Presque au hasard, j'attrapai une galette que j'avais goûté une seule fois à sa réception l'an dernier. Une galette étrange: ni Pu Er ni thé noir, elle est supposé se bonifier avec l'âge mais... ouais, bon. Son nom lui va bien: 2006 Feng Hua "Qi Cha" (strange tea)* Raw Pu-erh Tea of Yong De (Yunnan Sourcing, 36$US). Scott mentionne qu'elle est very special. En effet. Fleuri (ylang-ylang), légèrement fruité (raisin blanc, pamplemousse), boisé (santal, vetiver), belle épaisseur, persistance moyenne (florale). Ressemble beaucoup à un Yunnan Dian Hong Gong Fu mais avec une note Pu Er dans sa minéralité et sa texture plus sucrée, moins lourde, plus fleuri. C'est pas très complexe, c'est loin d'être fantasmagorique mais ça a du "Qi" (oh là là, je me met en terrain glissant là...) et c'est légèrement vallonné en relief. Après un litre ça deviendrait un peu écoeurant, mais en gong fu cha avec une pause ça et là, c'est quand même bon. Du moins pour le prix...

25 août 2008

Un premier amour

Image modifiée de la photo originale de play4smee, Creative Commons

Léandre aime le thé depuis le premier jour où elle lui a goûté. Ses veines ont frémi de bonheur, de petits frissons de lumière, des sourires fluides de couchers de soleil lui ont traversé tout le corps. Au fond d'elle, un papillon d'or est né. Elle s'est dit: Mais comment un tel élixir, une si simple brise liquide, peut-elle me transformer au point de faire saillir en moi cette sensation... lui et moi ne feront qu'un, dilatés, toute cette vie. Une véritable alchimie. Et Léandre de grandir, bourgeon après bourgeon, tasse après tasse, au gré de ce qui lui coule au coeur de son petit coeur palpitant tout l'or du monde. Certains jours le duvet bienfaiteur d'une tendre pousse, antenne tendue aux cieux, d'autres fois l'essence de grandes feuilles brunies par le temps, par des années de recroquevillement, d'altération, de maturité... car comme elle, le thé grandit, grandit en profondeur de l'âme, en sagesse de l'Être. Petite fée, blottie dans ses rêves de chair et d'amour, elle sait que tout arrive comme le sang coule par lui-même dans nos veines, un élixir, tout comme le thé. Le papillon en elle s'affole, il a vu la lumière. La lumière qui s'exalte au loin, un appel, un miracle. Tout miracle arrive du dedans de nous-même malgré qu'il semble arriver d'ailleur... Cela Léandre le sait déjà, elle en est un elle-même, un miracle. Et ce faisceau, cette aspiration, cet inévitable voyage, l'invite à l'abandon. Il est temps de naître, encore une fois. Léandre aime le thé depuis le premier jour, ses veines ont frémi de bonheur, son coeur s'en est fait ensorceler. Elle en boira toute sa vie, dilatée, comme le col de l'utérus de sa mère, leur permettant d'entrer dans la lumière du tout, elle et son papillon.

22 août 2008

18 août 2008

Ça s'arrose!


J'ai une nouvelle gong fu... Je l'adore. En quelle terre est-elle? Ni zhuni, ni zisha, ni duanni... Est-ce qu'elle est de potier? Non monsieur, elle est faite en série par des Taiwannais sous payés (sûrement)! Elle n'a donc pas d'âme. Et pourtant, elle prépare d'exquises liqueurs... Elle est en porcelaine, elle est neutre, elle est amnésique. Une amnésique polygame. Elle ne se souvient jamais des thés qui lui ont fait la chose, toutes familles confondues; en retour elle ne les aide en rien. Une alchimie clinique. Une vasque, une vague. L'union des seules choses qui se doivent d'être. Elle supporte, elle est aveugle. En fait elle ne veut rien voir. Moi je la trouve belle dans sa modeste apparence, les arômes s'en trouvent parfaitement libérés. On fait les fous tous les deux.

À l'aveugle j'ai fait des dégustations comparatives entre zhong, yixing cheap et Ségolène (on va dire que je vais l'appeler de même juste pour le trip... et avec un nom pareil, Parfaite Lumière ne sera pas jalouse!) pour conclure que les meilleures infusions provenaient de cette dernière petite coquine blanc crème de 10 cl. Elle a l'avantage sur le zhong de pouvoir se faire arroser. Et à 35$, on a pas peur d'éternuer pendant l'infusion. 

12 août 2008


Par la vitrine, un chien et sa maîtresse, sur le trottoir. Le temps est lourd comme une poêle de fonte. Ma peau me fait sentir à l'étroit. J'enlèverais bien tout ça mais je ne peux pas, la fermeture éclair de ma chair est bloquée sous l'oeil du public. Forcé à être là, je m'abandonne à ce poids.

Le couvercle du zhong retient les feuilles. Je ne changerais pas de place avec elles, quoiqu'elles se baignent, l'eau a l'air trop bonne. La liqueur est souple, c'est un de ces vieux sages de 50 ans. Un qui en a vu des jarres, des mains d'enfants de producteur. Je pense aux cueilleuses qui ont prélevé ces bijoux. Elles sont sûrement mortes maintenant, emportées par une vague, celle du temps, comme celle qui me fera avaler cette infusion, qui absorbera les feuilles dans son néant, qui nous engloutira nous-même comme si n'avions jamais été. Une infusion de nous-même pour la terre. Je pense à cette eau que je verse. Elle a déjà été bue, pissée, rebue, repissée. Elle a connu les nuages, les montagnes, les fleuves, les aqueducs municipaux. Elle a connu de près certaines joues tristes, des joies sans nombre, des naissances et des départs, des soleils couchants et des marées de lune. Maintenant ma tasse. Elle est porteuse. Porteuse d'arômes, de l'âme d'une terre et de ses habitants de naguère. Je l'honore dans tout son précieux.

Le chien de la dame s'abreuve d'une flaque où flottent quelques feuilles d'un arbre à l'ombre généreuse. Son dos est secoué de frissons. Je sais qu'il est aussi heureux que moi.

06 août 2008


<< Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube chaque fois se lève, se lève, se lève. [...] Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous même -aussi naturellement que peut le faire la vue d'un cerisier en fleur ou un chaton jouant  à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c'est leur présence. L'autre travail, ils le font pour les apparences, parce qu'il faut bien faire quelque chose et que personne ne va vous payer simplement pour votre présence, pour les quelques bêtises que vous dites en passant, ou pour la chanson que vous fredonnez. [...] Quoi qu'ils fassent, cela vous met du rouge au coeur, du clair au lèvres. >>

Christian Bobin, tiré de "Tout le monde est occupé"

31 juillet 2008

Il y a de ces étés qui surprennent par leur éclatement. Celui des couleurs, celui des parfums, celui des gens qui s'approchent et s'éloignent. La vie est comme ça, elle est une danse avec les fleurs. Nous n'y pouvons rien, mis à part tenter de ne pas les écraser de nos attentes maladroites, de nos jugements lourds faisant plus de mal que de bien, de notre impatience maladive de vouloir s'épanouir soi-même, souvent aux dépens des autres.

Ouverture. La fleur s'expose, vulnérable, à tous les éléments. Elle est fragile de ses voiles de carnation, de ses lances pointées au ciel, de ses nectars embaumant le voisinage végétal... elle se donne intégralement pour sa perpétuité, elle n'a pas le choix d'être aussi belle. Un bijou d'impermanence. Quand aurons-nous le réflexe d'être ainsi simplement ouvert, tout entier dans notre simplicité, sans autre possibilité que d'être merveilleusement ce que nous sommes au plus profond de notre personne, de ce corps et de cette âme qui est apparemment le résultat de ces tant d'années venant de passer? Le soleil éclaire tout, indifféremment. Le malin comme l'ange. La fleur comme la feuille. L'homme comme la punaise.

22 juillet 2008

Le thé des concubines...

Pourquoi pensez-vous qu'on aime le thé? C'est pas juste une histoire de feuilles qui infusent...

19 juillet 2008

Impression passagère, vague de l'âme, tentative vaine d'échapper à l'instant. La lumière se faufile, percole. Les branches de l'arbre de la ruelle, innocentes mercenaires du divin, ont laissé s'abattre sur ma figure vulnérable un long baiser de soleil. La surprise était telle que je n'ai pu me soustraire à l'avaler tout entier. Et j'en suis mort. Ici, à cet instant où je vous écris, je me laisse renaître. Il est de ces jours où l'on ne se serait jamais douté de pareille chose. Une mort douce comme la vie. Une vie délicate comme un dernier souffle, mince, tendu, parfait dans sa légèreté. Une libellule d'éther, un soupir d'ange, une grâce à s'éteindre. Elle est là, qui attend, qui guette, l'âme du monde. Je m'y abandonne.

16 juillet 2008

Impressions de voyage (4ème et dernière partie)


Pour finir cette suite d'impressions de mon voyage en Asie, je vous met en vrac des éléments du séjour au Japon. Ce dossier se fond dans mon vaste répertoire des "choses vues" de toute mon existence. Ainsi, avant que cela ne devienne trop abstrait, les voici dans leur cavale dans l'élan de la disparition...:

  • Théiers abîmés par la récolte mécanique, ça me fait mal au coeur de les voir ainsi: désir de ne plus boire de thé japonais;
  • Bestiole se camouflant dans un petit tube d'écorces qu'elle s'est confectionné pour manger les feuilles en toute quiétude;
  • Beuverie de saké avec Hugo dans la chambre d'hotel, confidences spontanées;
  • Plusieurs restaurants avec de bons trucs et bien des choses prisées par les Japonais mais douteuses pour nous: Friture d'intestins de boeuf dans leur sauce, le natto (horrible: fèves de soja fermentées et gluantes, plus près d'après moi de la texture/parfum d'un compost jeune en plein été et l'intérieur d'une couche de nourrisson!), tripes amères de moules de couleur vert fluo, calamar cru (j'ai vraiment cru falloir rejeter!), entrailles d'un poisson gisant à leurs côtés, et sûrement maints autres que mon inconscient a tenté d'oublier...!;
  • Maisons avec plus de désordre que je ne l'aurais cru: plus aucun remords ou complexes par rapport à l'esthétique et l'ordre zen que j'imaginais les Japonais pratiquer dans leurs demeures;
  • Des graines de théiers récoltées sur un vieux sage de 350 ans, ancêtre des futurs premiers théiers québécois (ah! le réchauffement climatique pourra peut-être me permettre de faire une récolte à mes vieux jours!);
  • Visite d'un Pachenko lounge: hallucinant, genre de casino abrutissant où les joueurs sont à des genres de machines à sous où ils font tomber, d'une manière passive, des centaines de petites billes de métal sur un fond troué où un écran se trouvant au fond visionne des soaps d'amour japonais ultra kitch... apparemment que des hommes dépensent leur salaire à aller "décrocher de leur quotidien" à ces endroits où le bruit est le pire que j'ai entendu à vie, une vraie transe électrique...;
  • Arcade de jeux vidéo: Hugo, Pierre et moi sommes allé dans ces grands photomatons (3 mètres sur 3 mètres) possédant des échelles et barres horizontales pour se suspendre: les 6 viseurs s'illuminent en alternance pour prendre des images dans toutes les directions, bien sûr accompagné d'une musique techno vraiment intense. Photos mémorables;
  • Quincaillerie nippone: Mon Dieu! Que de beaux trucs pour la cuisine: râpes, brosses, tetsubins, éponges, pinces, brûleurs, couteaux...;
  • Marché du thé à Shizuoka: une journée où les banchas de printemps étaient marchandés. Il fallait porter des casquettes de stagiaires, les autres avaient des bleues (acheteurs), vertes (producteurs) et jaunes (employés/arbitres).
  • Visite chez notre fournisseur de théières kyusu: Tellement, tellement de théières!!! Tellement que plus rien n'avait l'air spécial, même celles de potier, tant c'était la jungle des modèles. Je ne regrette pas de ne m'en avoir point acheté, mais j'ai craqué pour une tetsubin forgée par une toute petit fonderie artisanale du nord de Tokyo;
  • Et pas de salons de thé, mais des Café Starbucks partout! ...presque à tous les coins des grands boulevards;
Bah! C'est certain qu'il y a pleins de détails et anecdotes que je pourrais retrouver dans les décombres de ma mémoire... je ne me gênerai pas pour les écrire plus tard. Ce voyage chez ces fous et sages Japonais!


10 juillet 2008

Le baiser


Son allure me ravit. Son parfum. Sa lumière, sa couleur, sa clarté. Au plus profond de la courbe de son lit, réceptacle impassible, un petit tapis de brisures  me rappelle que ce liquide ne tire pas ses origines de l'espace, -comme son charme éthéré pourrait le laisser croire,- mais bien de ces feuilles voyageuses nées de l'amour du soleil, de la pluie, de la terre et de l'homme. Il sommeille dans une humeur chaude et paisible. Tel plusieurs petits renardeaux enfouis au fond d'un terrier, blottis, inextricablement unis dans la quête d'une tiédeur bienfaitrice. Cette tasse de thé, chaude et calme, sans vague, sans soucis d'être astringente ou amère, pleinement à moitié vide. 


Humer sa tiédeur, son âme. S'emplir soi-même de paysages, les laisser vivre au fond de son ventre, les laisser partir. Parce que le thé nécessite qu'on le laisse passer. Il est de la catégorie des oiseaux ou des papillons, de ceux qui meurent si l'on tente de les emprisonner. 


Impressions de fête. La première vague. Une marée timide qui s'avance, ressac après ressac, jusqu'à ma lèvre. Un baiser délicieux. J'ai toujours aimé les baisers. Je trouve que c'est le moment le plus fort. Celui où les attentes n'attendent plus, où l'union de deux êtres qui ne s'attendent plus se retrouvent ouverts et comblés. Le bonheur est là lorsqu'on ne l'attends plus. Et c'est peut-être pour cela que j'aime tant le thé (embrasser les tasses de thé!). À chaque infusion, la surprise du premier baiser. La douceur, la texture, le goût, la vigueur et enfin, l'expérience. 


L'expérience de ceux et celles qui l'ont élevé et conditionné, de ceux qui l'ont rencontré et prisé, pour enfin arriver jusqu'à nous, là, ouverte, présente. Les lèvres tendues, dans l'attente sans attente du baiser, on oublie trop souvent que ce qui effleurera notre bouche à tout moment, est né de l'expérience de bien des êtres. Nous ne sommes jamais les premiers et c'est très bien ainsi. Et à chaque fois c'est différent. C'est ce qui est merveilleux. Pendant que l'union s'effectue, dans la danse fluide de la langue et des saveurs, du palais et des arômes volatils, du coeur et de l'âme du thé, l'écoute s'impose. Un silence, celui du premier baiser. Un silence plein.


Et c'est dès que ce silence s'éteint, avec les premières pensées qui sont là à ce croire plus intelligentes que ce qui est, que l'expérience simple et authentique se termine. Un baiser en pensant n'est jamais vraiment bon. Une tasse de thé non plus. Et j'ai maintenant mon dire que toute expérience où ma tête mène le jeu n'est qu'une expérience médiocre manquant de la spontanéité que l'on attribut aux enfants (et comme la vie était douce et bonne alors, lorsque le temps passait beaucoup moins vite que maintenant...!). Le thé et l'humilité ne devraient faire qu'un. Le coeur simple n'est pas sous l'emprise du savoir et de la connaissance. Il est, tout simplement. Comme ce liquide merveilleux au fond de ma tasse.

02 juillet 2008

Impressions de voyage (3ème partie)


La saveur d'un fukamushi commence à m'enivrer en vous écrivant cette première phrase. La couleur émeraude de son infusion est brillante. Ses arômes enveloppants de légumes verts (bette, mâche, haricot vert...) sont délicats mais arrivent jusqu'à mes naseaux encore endormis. Décidément, ce ne sont pas des impressions que j'ai pu associer à mon voyage au Japon; mis à part les dégustations comparatives chez les producteurs, je n'ai carrément pas eu la chance d'en boire une seule tasse... Ah oui, une seule fois... à Nara, une tasse de hojicha dans une boutique de céramiques hallucinantes, juste avant ma rencontre avec Hiroko...

C'est impressionnant à quel point plusieurs femmes japonaises sont belles. La proportion me rappelle celle des Québécoises. À chacun de mes retours au pays, après avoir voyagé dans plusieurs contrées, je suis surpris de voir à quel point la proportion des femmes québécoises spécialement ravissantes est élevée. Au Japon, j'ai été agréablement touché par ce même état des choses. Hiroko n'en fait d'ailleurs pas moins partie de ce groupe (vous pouvez juger par vous même sur la photo, son minois se trouvant sur ma gauche). Simple, distinguée, détendue (en apparence...). Ne parlant qu'à peine l'anglais, Pierre nous servant d'interprète, elle m'a été présentée comme étant une étudiante en aromathérapie et en massage thérapeutique, fan inconditionnelle du café, de la campagne et des bons restaurants. Pierre m'avait dit: "Les Japonais ne sont pas fonceux (activement séducteurs...), même si tu es du type timide, tu peux pas faire pire qu'eux! En tant que Gaijin, la partie est presque gagnée d'avance. Reste simplement toi-même et détends toi". Après un copieux repas arrosé de saké et une tournée de champagne dans un petit bistro très sympa, notre échange, compliqué vu la barrière de la langue, était tout de même très intéressant. En tant que Québécois naturel du type "bon gars", je n'ai bien sûr rien brusqué... Comment aurais-je pu, ne pouvant rien interpréter de ce que ma galante pensait: les Japonaises sont d'une discrétion impénétrable. Tout ce que j'apprenais du reste de la soirée provenait de Pierre qui me racontait les maigres détails filtrés par sa fiancée à qui Hiroko se confiait uniquement. Une attirance était à lire dans tout ça. Une bise (c'était déjà beaucoup apparemment pour une nippone n'ayant jamais passé de temps avec un étranger auparavant!) est venu clore la soirée fort agréable. 

Plus tard, à la fin du séjour sur l'archipel, je passai un après-midi entier avec Hiroko, seuls tous les deux avec notre handicap linguistique pallié d'un dictionnaire "english-japanese". Un moment magique passé en sa compagnie, sur la terrasse d'un superbe petit café d'un parc d'Osaka, elle à lire ses notes en préparation à un examen d'aromathérapie, moi à lire "Le Parfum" de Suskind. Dans un silence complice, les mots nous manquant (vous savez pourquoi...), le Soleil nous baignait d'entre les branches d'arbres en fleur. Les rosiers et les pivoines embaumaient, les effluves du café (quelle surprise!) montaient de nos tasses, le sol tiède sentait bon la terre grasse... tout cela venait me rappeler pourquoi je lisais ce livre et pourquoi j'étais là. Entre les quelques phrases presque artificielles que nous échangions, le silence était bon. Une douce balade dans les avenues du parc et de la grande ville puis vint le temps des adieux, des moments qui ressemblent à ceux dans les films qui finissent en nous laissant une sensation d'incomplétude, d'ouverture éthérée presque inconfortable: le quai de la gare. La possibilité de commencer quelque chose qui demanderait beaucoup d'effort, de temps et de distance phénoménale en ne sachant même pas vraiment à qui j'ai affaire (quoique même mariés pendant plusieurs décennies, certains ne semblent parfois même pas connaître celui ou celle dormant à leurs côtés, m'a-t-on dit...) mis à part la sensation d'être avec une séduisante complice. Je n'ai pas laissé le Japon prendre mon coeur.

Je reviendrai au thé dès le prochain article, je vous le promet... J'en ai fini de ma petite digression de charmes. Le voyage est pour moi plus une histoire de gens que de choses vues ou faites. Sans ces moments, mon séjour en aurait été moins profond, moins riche. Maintenant installé dans ma nouvelle chambre où je viens d'aménager avec trois merveilleux colocataires buveurs de thé, -que je sais avoir la chance de vous présenter dans un futur proche-, la candeur de vivre m'habite d'autant plus que je me trouve si chanceux d'être là... une tasse de sencha à mes côtés!

21 juin 2008

Impressions de voyage (2ème partie)

Je suis parti de Taiwan avec le sentiment que je laissais une partie de moi dans ses montagnes. Le dernier soir, l'air était bon sur Muzha, la lune brillait de son croissant parfait, les théiers étaient paisibles dans l'obscurité apportant sa fraîcheur bienfaitrice. Le retour sur Taipei, ce vendredi soir là, fut surprenant tant le contraste avec les deux semaines passées en campagne était colossal. Les scooters et les taxi avaient beau couper notre voiture, les sens-unique nous narguer de leur complexité aberrante, l'impression profonde et vivante de la paix des sommets restait immuable en moi.

Tokyo. La mode est au Japon, tout le monde en parle. En tout cas, on m'en avait beaucoup parlé: -"Ah! tu t'en vas au Japon?" -"Oui, une semaine... et deux à Taiwan." -"Ah! chanceux! le Japon..." (Rien à foutre de Taiwan, hein!?!). Bon, je comprends, les gens ne connaissent pas la petite île qui a fournit à l'archipel nippon tout le bois de ses forêts pour la reconstruction de ses temples pendant l'occupation. L'autre chose dont on (par "on" je ne parle pas spécialement des gens du Camellia Sinensis) avait insisté de me faire part préalablement au voyage, c'est à propos des coutumes et des bonnes manières à appliquer là-bas. On m'a quasiment traumatisé d'avance à l'idée de faire des gaffes de salutations, de bévues impardonnables, de me faire grotesque... déjà que les Japonais auraient apparemment l'image du Gaijin barbare et inculte, sans raffinement, je ne voulais pas en rajouter sur notre pauvre cas! Bref, j'arrivais au Japon avec une certaine appréhension vis-à-vis les "moeurs contenus locaux", ce que, pour un épanoui spontané comme moi, pouvait sembler une prison sociale. "La recherche d'harmonie", m'a-t-on expliqué le pourquoi de tant de "japoniaiseries". Et oui, c'est vrai. C'est en ordre, ça coule, c'est paisible... c'est effectivement la première impression que j'ai eu de cette société.


 On monte dans le train, tout est calme et propre. Les agents de bord sont souriants... peut-être même un peu trop. On vous salue. Encore. Encore trop. Mais tout se veut harmonieux, c'est compréhensible. "Bon ben, je serai un Gaijin comme ces îles en ont vu passer des milliers avant moi, un de ceux qui font de leur mieux, qui ne veut tout de même pas louper son voyage à regarder le sol tant courbettes il y a, quitte à passer pour un maladroit niais qui ne tourne pas ses chaussures -une fois- en montant la marche de la maison ou qui, exaspéré par une julienne de carotte qu'il ne peut saisir de ses baguettes laquées glissantes, la prend rapidement avec ses doigts -et que tout le monde a vu, bien sûr-!" Et se fut un "tant pis!" des plus libérateurs...

Ce n'est déjà pas si facile de trouver une maison de thé à Taipei ou, en général, sur l'île de Taiwan. C'est encore pire au Japon. Les Starbucks sur tous les coins de rue, les machines distributrices de shincha ou oolongcha frais en bouteille PET, font oublier aux Japonais ce qu'est LE THÉ. Pour les jeunes, ils croient pratiquement que nous leur faisons une blague lorsqu'on leur mentionne que nous sommes venus du Canada pour chercher des Sencha et Gyokuro, que des étudiants canadiens consomment quotidiennement du thé à notre salon (et en plus, en théière kyu-su à la méthode du Sencha-do!!!).  Tout pour dire que je n'ai pas pu boire beaucoup de thé au Japon pendant mon périple...

Nara. Premier dîner en famille. Pierre, notre traducteur, un Québécois parlant un japonais quasi-parfait qui étudie la forge de sabre japonais avec un maître depuis trois ans et qui se marie, cet automne, avec une jolie fille du coin. Ils me préviennent alors que pour le lendemain, suite à la visite du producteur de Tsukigase, un rendez-vous galant a été arrangé pour moi avec la meilleure amie de la fiancée! 

La visite chez monsieur Iwata a été pour moi une première aventure dans la campagne japonaise. Les jardins impeccables, la passion de l'homme qui fait tout, de A à Z, tout seul. Amateur de thé noir, il ne cesse de faire des expériences, étudie des livres par lui-même sur leur sujet, en produit plusieurs kilos par année. C'était à vrai dire plus ou moins intéressant de ce côté là mais ses Sencha étaient vraiment délicieux. 

Après avoir visité les différents jardins et la fabrique, goûté plusieurs de ses thés verts et noirs, discuté de nos impressions (dans une ambiance de respect et d'écoute, soit dit en passant...), mangé des boules de riz gluant roulées dans des vermisseaux minuscules (!!!), le choix du sencha et de ses quantités conclues, nous repartions vers Nara et ma prétendante...

Suite de l'histoire sous peu...

10 juin 2008

Impressions de voyage (1ère partie)

De retour depuis maintenant plus de deux semaines, la poussière retombée et les souvenirs bien en place, je peux enfin prendre un instant pour vous partager quelques unes de mes impressions de voyage. C'est aussi que je n'ai pas chômé dernièrement: Avec les arrivages des thés de printemps et tout le boulot que cela entoure pour moi (descriptions web, tastings, photos, etc.), la préparation des activités-conférences du week-end prochain, mon déménagement qui approche (je vous en reparlerai...), les minutes me sont presque comptées. 

Premièrement, je suis tombé amoureux de Taiwan. Pas spécialement de la pollution parfois dense de ses grandes villes, non plus de son architecture généralisée en béton armé et encore moins de ses petits-déjeuners au chou mouillé, porc et marinades étranges. Je suis tombé sous le charme de cette île sublime par son arrière-pays et ses paysages splendides, ses habitants généreux, simples, honnêtes, sympathiques et travaillants, par le chaos "maîtrisé" qui  y règne (un bordel magnifique à la chinoise et un ordre soutenu à la japonaise, créant un hybride goûteux d'un équilibre parfait d'après moi), par le thé et le savoir-faire (et le respect) des gens qui le produise... 

J'ai goûté plus de bons thés que de mauvais malgré le fait que la plupart des thés produits (du moins dans la grande région productrice de Nantou) le sont fait industriellement. Les rencontres avec les producteurs furent toutes aussi intéressantes et sympathiques les unes que les autres. Mon coup de coeur va pour la région de Hualien pour ses paysages, la qualité de ses thés (à des prix plus bas) et l'esprit d'innovation de ses producteurs: outre plusieurs thés rouges et verts produits (souvent en bio) en plus des wulong de haute et basse altitude, j'y ai goûté des "expériences" ressemblant étrangement à du Darjeeling! Monsieur Pong, un nouveau contact pour nous dans cette région, m'a offert un paquet d'un wulong vieilli de plus de 50 ans que son père lui a légué... des notes franches de Pu Erh avec le sucré caramélisé du wulong... vraiment spécial! D'ailleurs, fait intéressant: Plusieurs nous ont recommandé de ne pas tenter de nous acharner à faire vieillir des Pu Erh avec le faible taux d'humidité relative de l'Amérique du Nord mais de plutôt diriger nos ambitions temporelles vers le vieillissement des wulong, qui nécessite un taux d'humidité bien plus faible (les Taiwannais se battent contre l'humidité dans leur cas... comme quoi rien n'est parfait pour personne!). Le soucis c'est que les Wulong vieillis disparaissent presque aussi vite que les vieilles galettes et que les producteurs ne perpétuent pas la tradition de faire du vieilli tant la demande pour le frais est grande.
 
Tung Ting, Ali Shan, Yu Shan, Shan Linhsi, Hsin Chu, Mucha... que de beaux moments le nez au vent entre les visites de jardin... le Soleil était de la partie pour toute la durée du voyage (mis à part les quelques jours où nous étions sur Taipei). Hugo et moi avions une belle complicité sur toute la ligne. Que cela soit pendant les tastings où, en silence, nous goûtions avant de faire nos choix (qui généralement était les mêmes!) ou sur la route, nous avons passé ensemble des moments inoubliables. 

Autres moments précieux: les rencontres avec Stéphane Erler (Tea Masters) et Aaron Fisher (The Leaf), deux vrais passionnés, furent fort intéressantes, l'atelier sur les Pu Erh à Taipei (où nous avons dégusté entre autre un 1934 vraiment hallucinant!) avec le prof, spécialiste de cuisson de wulong, qui a sa technique d'épuration (par le feu...) des Pu Erh shu, la visite à la maison de publication du magazine Art of Tea (où j'ai vu mon zhong de rêve... 150 ans, magnifiquement trop cher...) et celle à la compétition de thés de style Tung Ting à Luku où environ 4500 thés étaient jugés sous nos yeux... des instants qui restent presque palpables, pour ne nommer que ceux là.

Je souhaite à tous les passionnés du thé de se faire le cadeau de rencontrer les théiers pour de vrai. C'est définitivement touchant... Le premier que j'ai rencontré, à Pinglin, je l'ai embrassé et me suis prosterné devant lui avec une reconnaissance totale. Ce n'est plus un rêve. Je ne vois plus le thé de la même façon, je l'apprécie maintenant d'autant plus que je sais tout ce qui l'entoure. Formose, la belle, tu me reverras ça c'est certain... 

02 mai 2008


Aujourd'hui c'est le grand départ pour Taiwan. Trois semaines chargées en rendez-vous et beaux paysages, en thé frais et petite soupe aux crevettes et gluglu de riz. Je vous raconterai ça... À la revoyure!