12 août 2008


Par la vitrine, un chien et sa maîtresse, sur le trottoir. Le temps est lourd comme une poêle de fonte. Ma peau me fait sentir à l'étroit. J'enlèverais bien tout ça mais je ne peux pas, la fermeture éclair de ma chair est bloquée sous l'oeil du public. Forcé à être là, je m'abandonne à ce poids.

Le couvercle du zhong retient les feuilles. Je ne changerais pas de place avec elles, quoiqu'elles se baignent, l'eau a l'air trop bonne. La liqueur est souple, c'est un de ces vieux sages de 50 ans. Un qui en a vu des jarres, des mains d'enfants de producteur. Je pense aux cueilleuses qui ont prélevé ces bijoux. Elles sont sûrement mortes maintenant, emportées par une vague, celle du temps, comme celle qui me fera avaler cette infusion, qui absorbera les feuilles dans son néant, qui nous engloutira nous-même comme si n'avions jamais été. Une infusion de nous-même pour la terre. Je pense à cette eau que je verse. Elle a déjà été bue, pissée, rebue, repissée. Elle a connu les nuages, les montagnes, les fleuves, les aqueducs municipaux. Elle a connu de près certaines joues tristes, des joies sans nombre, des naissances et des départs, des soleils couchants et des marées de lune. Maintenant ma tasse. Elle est porteuse. Porteuse d'arômes, de l'âme d'une terre et de ses habitants de naguère. Je l'honore dans tout son précieux.

Le chien de la dame s'abreuve d'une flaque où flottent quelques feuilles d'un arbre à l'ombre généreuse. Son dos est secoué de frissons. Je sais qu'il est aussi heureux que moi.

3 commentaires:

Michel a dit…

wouf, wouf...

Vanessa a dit…

Une très belle évocation du temps, de cette fabrication du thé, humaine et naturelle...
merci de ce beau moment.

Raphael a dit…

Grâce à toi, je ne regarderai plus jamais du même oeil l'eau de mon thé car, à présent, j'ai bien en tête qu'elle a déjà été repissée...