17 août 2007

Depuis que nous sommes arrivés dans les Cévennes, montagnes à la terre souvent ingrate où les caillous règnent, buis et ronces qui se battent pour les rares gouttes de pluie, je comprends mieux pourquoi il n'y a presque uniquement des chèvres que l'on voit paitre. Contrairement aux vaches ou aux moutons, les chèvres mangent presque de tout, des plantes épineuses et sèches aux branches des arbres où elles grimpent parfois de manière acrobatique. Les amener dans les collines est une tâche merveilleuse qui requiert vigilance, instinct et patience. J'adore les observer, déceler leurs différentes personnalités, les voir se délecter aux abords des chemins.

En plus de garder le troupeau, une autre tâche bien agréable nous est assignée: livrer les oeufs dans les petits villages environnants. Conduire la voiture sur les minces routes sinueuses des flans de reliefs escarpés n'est pas naturel pour quiconque s'est habitué à rouler sur les larges chaussées nord-américaines. Combien de fois, chaque jour, lorsque nous croisons une voiture qui dévore follement un virage, je me dis intérieurement (pour ne pas apeurer Klémentine!) "ça ne passera pas!"... mais sans mal. Chaque petit centre de village, café-tabacs et boulangers imbriqués sur des places aux platanes énormes, me surprend par son cachet et son rythme de vie quasi parfait. Je me dis que tout cela me manquera lorsque je serai revenu au pays des longs hivers.

Avec le début de la chasse au sanglier cette semaine et avec la vocation de nos hôtes envers le "règne animal", ni l'un ni l'autre n'avions été exposés à tant de viande de notre vie... disons que nous nous habituons tranquillement à la réalité de cette étape de la vie que nous appelons la mort! Quotidiennement, des cadavres arrivent et repartent, se cuisinent et se consomment (il faut mentionner que Klémentine et moi sommes presque exclusivement végétariens et que nous ne cuisinons jamais de viande à la maison, histoire de ne pas être en contact avec des animaux morts... sans fanatisme cependant). Nous avons appris à plumer et vider une poule (je vous promets un vidéo!). Nous avons assisté à la mise à mort de chevreaux, poules et canards.

Le propriétaire de la ferme est arrivé un soir avec son butin de chasse, une tête de sanglier avec le foie, le coeur ainsi qu'une grosse cuisse (la bête pesait 96 kilos!). Les histoires de battues qu'il nous raconte à table sont impressionnantes, elles me font voir un autre côté d'un "sport" que je méprisais complètement jusqu'à il y a quelque temps. C'est certain que c'est triste, mais si on en mange, il faut accepter ce fait de tuer.


Chaque moment nous est si précieux, si riche en découvertes et en rencontres. Encore aujourd'hui, nous ne savons pas où et ce que nous allons faire en partant d'ici à la fin du mois. Ouverts, il ne peut que nous arriver des merveilles.

9 commentaires:

bejita a dit…

tout comme toi , ma femme et moi ne mangeaons pas de viandes à la maison ( donc quasiment jamais )non pas par vegetarisme , mais plus pour la maniere dont sont tués les animaux a l'abattoir .
sinon si ilfaut n manger , j'en mange.
je me souviens , quand j'ai grandis dans les alpes de hautes provence chez mes grands parents , lorsqu(ils tuaient poules , canard ( ca pue quand on les vide ) agneaux , lapin ( à qui j'enlevait la fourrure ) .
tué lorsque c'est necessaire pour vivre ok , c'est normal , mais manger trop de viande dans les grandes villes , c'est abberant .

Michel a dit…

Quel 'apprentissage!'
Tu vois je suis comme vous, je ne 'cuisine que très raremement de la viande, mais si c'est préparé avec de l'amour je mange!

Savez vous que les bouddhistes mangent de la viande, si c'est offert. .
En fait si je comprends bien votre 'philosophie' c'est pas tant ce que tu fais mais comment tu le fais qui importe, ?

bejita a dit…

pour ma part c'est tout à fait ça .et en ce qui concerne la viande idem si on m'en offre ( peut importe la viande ) je ne la refuse jamais pour "respecter " l'animal .

Sacha a dit…

C'est tout à fait ça. C'est pareil pour nous. J'ai déjà été trop strict avec le végétarisme...j'ai souvent fait plus de mal à certains hôtes à qui j'ai refusé leur repas qu'a souffert l'animal dans le plat (ou presque!)

Je crois que les bouddhistes disent aussi qu'il est préférable de tuer "un" gros animal qui pourra nourrir plusieurs personnes plutôt que de favoriser la consommation de plusieurs petits êtres vivants pour assouvir un individu, par exemple une platée de moules... ça fait moins d'âmes envoyés d'un coup dans la roue de la réincarnation.

Raphael a dit…

J'ai été très amusé par les photos. J'imagine que cela n'a pas été facile d'approcher toute cette bidoche. A la campagne, on a une relation avec les animaux différente de la ville. Cela peut choquer mais il faut comprendre que l'animal doit être utile. En gros, soit il bosse soit il est bouffé.
Je ne suis pas très fan non plus de cadavres exposés et je ne pense pas que j'aurais pu encaisser la mise à mort du chevreau. Cependant je suis un dégustateur de viande qui assume et prend du plaisir.
Tant mieux pour moi si certains ont moins de scrupules.

Anonyme a dit…

Ne pas oublier que le végétarisme se pratique dans les pays ou on a le choix, le respect s'applique aux animaux bien sur, mais aussi aux gens des pays qui non pas le choix. Le choix est un luxe.

Baignat

LIO a dit…

Bonjour à vous deux,

D'abord félicitation pour la photo du coq et de la poule. Elle est vraiment très bonne, on dirait du Yann Arthus Bertrand... Conservez-là.

Fort intéressant toutes ces remarques sur la nourriture carnée, le végétarisme etc.

Ces références récurrentes au Bouddhisme montrent qu'en occident les animaux attendent encore leur philosophe. Il y a bien l'australien Peter Singer dont l'oeuvre a essentiellement été consacrée au droit des animaux et à militer pour leur libération... après les noirs, les femmes, les homosexuels c'est le tour des animaux! La série est de lui, curieux...

Oui on peut le citer, mais sa lecture oblige à cette conclusion: Les animaux méritent meilleur défenseur.

Celà dit, méfiez-vous. Le bouddhisme n'existe pas. On devrait dire les bouddhismes, tant ce terme recouvre tout et son contraire. Nos connaissances s'arrêtent souvent aux lieux communs, les messages précédents en témoignent.

Le rapport à l'animal varie considérablement au sein d'une même tradition toute bouddhiste qu'elle soit. Dire les bouddhistes ceci, les bouddhistes cela n'est qu'une manière d'étayer un propos auquel l'argumentaire fait défaut.

Concernant la problématique posée par les abattoirs, la prudence est de mise.
Tout n'est pas noir ou blanc. Beaucoup d'entre eux accomplissent leur tâche avec respect et attention. Ils ne sont pas sans savoir que la qualité de la viande et donc par voie de conséquence le contentement du consommateur, dépend du bien être de l'animal. S'il est stressé avant sa mort, sa viande sera dur et irrécupérable.

Ainsi, avant de vous asséner une discipline restrictive dans la perspective de nourrir votre bonne conscience, je vous suggère d'approfondir les problématiques, d'avoir l'exigences de connaître les tenants et les aboutissants de la question. Oui cela demande un investissement de temps, d'énergie, mais c'est bien la seule issue utile. Car au fond, mettre les pieds au mur ne fait guère avancer les choses. Exiger par un choix éclairé une qualité de viande irréprochable, produite dans les meilleures conditions, j'entends par là avec le plus grand respect et le moins de souffrance pour la bête, est de toute évidence plus lourd de conséquence. Plus nous serons à souhaiter cela, plus l'industrie agro alimentaire aura du souci à se faire; et tant mieux.

N'oublions pas que, dans une société de consommation, le consommateur est roi. Il est le david qui peut faire plier Goliath. Se retirer du jeu, c'est s'ôter la possibilité d'exiger. Orienter nos achats en favorisant le commerce de proximité, l'artisanat, la qualité, est une manière concrète, accessbile à chacun d'encourager un changement de rapport au monde et à l'animal en particulier.


Trop souvent, pour justifier la validité de nos choix, nous nous inscrivons inconsciemment dans une "voie dur".

Consentir à l'effort, à la privation, à la molestation de soi par la restriction prouve ma bonne volonté, mon désir de bien faire, ma détermination. Encore mieux si quelques souffrances ou désagréments viennent pimenter le tout.

Logique héritée des philosophies idéalistes, chrétiens (catholiques) en tête de liste, qui utilisent la souffrance; l'exemple de la passion du christ; comme moyen de s'auto prouver la justesse du chemin qu'ils suivent. Logique qui amène évidemment à la détestation du plaisir pour lui-même, à la culpabilité etc.
Ce type de casuistique rassure d'innombrable personnes d'être sur la "bonne voie".

Je m'inscris en profond désaccord avec cela et souhaite vivement que chacun puisse établir un retour sur lui-même, sans hypocrisie, afin de démasquer tous ces stratagèmes utiles à nous conforter dans telle ou telle attitude. Le respect de l'animal commence par nous. Ainsi, bien souvent le végétarisme est poussé à un extrême telle, qu'il devient mortification et de fait révèle ce paradoxe fondateur qui devrait lui être fatal.

Meuble terreaux de réflexions en tous les cas, Au sein duquel creuser ne peut que se révéler salvateur.

Michel a dit…

Lio,
je ne pense pas que quelqu'un ici ne décide de ne pas manger de la viande pour se donner bonne conscience, mais ton commentaire est bien vrai, éviter une prise de conscience en remplaceant ça par de l'hipocrisie, c'est bien un trait de société.

Quand on généralise 'les boudhistes' c'est juste pour faire un commentaire, le même que le tien d'ayeurs.

Paul a dit…

Bonjour je suis actuellement en etude de photo reportage a Montpellier, je suis tombé par hasard sur votre blog et elle m'a beaucoup plu. Dans les cadre de mon ecole et pour mon travail personnel je suis amené a faire des reportages. Je me demandais si vous accepteriez que je fasse un reportage sur vous, sur votre travail, sur votre cadre de vie. Je vous laisse mon adresse internet neolink_flnj@hotmail.fr n'hesitez pas a me contacter. Merci et bonne continuation