07 juillet 2010

La Maison de thé CHA YI

Chers lecteurs et lectrices, je reviens tel le survenant, un soubresaut dans la blogosphère francophone du thé, un petit spasme de message pour annoncer de grandes choses...

D'abord, ma petite Milane est née au temps des fleurs de lilas et de pommier, elle est adorable. Les sessions de gong fu cha sont certes beaucoup moins nombreuses depuis son arrivée, je découvre la simplicité d'un zhong sur le coin d'une table, des infusions refroidies par le délai d'un changement de couche, des moments de dégustation à la regarder dormir à poings fermés. Et quelle bonne odeur elle dégage! J'ai presque reconnu dans son beau petit cou une effluve de Si Ji Chun ou de Jin Shuan...

Puis une autre chose, un rêve qui devient réalité: j'ouvre en septembre ma propre maison de thé, La Maison de thé CHA YI. Située à Gatineau, près d'Ottawa, la boutique et petit salon de thé offrira plus d'une centaine de crus artisanaux importés directement d'Asie, soit par mes propres contacts ou par des distributeurs tels que le Camellia Sinensis, mes anciens employeurs. Vivre de ma passion est le plus beau cadeau que je puisse me faire, ouvrir mon propre établissement me permettra de transmettre à mes clients l'énergie sacrée et inspirante qui entoure le thé telle que je la conçoit. D'ailleurs, j'offrirai une série d'ateliers thématiques ainsi que des activités de dégustation d'une façon hebdomadaire.

Je vous invite donc à visiter notre site web: www.chayi.ca

Et si vous passez par la région de la capitale canadienne, je vous invite cordialement à venir nous voir et déguster un thé délicieux! Au plaisir de vous y croiser!

Maison de thé CHA YI
61, rue Eddy, Gatineau (Hull), QC
J8X 2V8
info@chayi.ca
www.chayi.ca

13 janvier 2010

Bercé par les yan cha


Tous ces mois ont passés, la vie a suivi son cours de façon simple mais intrigante à la fois, des suites tumultueuses dans une plaine sans fin où tout semble la même chose à l'infini, où les moindres mottes d'herbes, les terriers de quelque bête que cela soit, les nuages taciturnes qui se frôlent, se mêlent à l'horizon imperturbablement horizontal, ne laissant qu'un sentiment sans fin de plus finir, une stagnation calme. Et pourtant, une sensation d'être porté, que tout est bien, que ça bouge là, en-dessous. La fougère qui dort sous une épaisseur de neige de plusieurs mois. Le printemps est promis.

Ce printemps ne devrait pas être comme les printemps précédents: les récoltes de Darjeeling, Bi Luo Chun et Long Jing, les arrivages à la maison de thé, les dégustations, les enivrement qui se succèdent au fil des tasses. Les feuilles s'éveillant, les fleurs se dévergondant. Non, ce printemps devrait être tout autre. La récolte d'une petite perle rose, de petites mains, petits pieds, yeux brillant, regard clair sur le monde. Le grand cru des récoltes du printemps sera mon premier enfant, celui qui bouge déjà amplement et qui se prépare dans la douce coquille que lui procure mon amoureuse.

Pendant l'hiver, les thés de rochers me réchauffent le coeur. Il fait froid à Montréal. Ces thés me font du bien, ils changent à chaque infusion, parfois une surprise simple, une autre un éblouissement, rarement une déception flagrante. Shui Jin Gui, Da Hong Pao, Shui Xian, Bai Ji Guan sonnent comme les cloches d'un temple dans la vaste campagne blanche de givre délicat. Les glaçons de ma bouilloire se mettent à fondre, l'eau me fait la discussion jusqu'à s'emporter, elle s'ébat sur ces feuilles sombres, leur fait l'amour comme dans les plus beaux rêves, les fait jouir de leurs plus beaux parfums. Abandonnés, liquéfiés, ils m'enflamment. Je ne les connais pas, je les laisse me montrer les découvrir, insaisissables, sauvages. Je suis en amour.

12 juillet 2009

Chemin faisant

La vie passe à une vitesse folle et pourtant je baigne dans le calme de chaque instant. Ce calme des montagnes Rocheuses, dans un climat presque parfait, je le savoure avec tout mon être. Juste avant d'aller désherber des laitues, éclaircir des carottes ou des betteraves, transplanter des choux ou préparer la nourriture pour le reste de l'équipe, mon rituel matinal: Mon précieux bocal thermos voit se succéder dans son ventre, selon les matins, Darjeeling, thés verts chinois et japonais ou même parfois, une brasserie biologique faisant partie du domaine agricole, un Pu Er venant à la rescousse de rares abus de la soirée précédente. J'apprécie tout ce que nous vivons, Véronique et moi, au fil de cet été merveilleux, cette chance que nous nous sommes donnés d'être là, loin de Montréal et du rythme urbain. Je crois que j'apprécie aussi encore plus le thé, d'une autre manière du moins, que lorsque j'étais confiné à l'expertise de derrière le comptoir du Camellia. Aussi n'ais-je pas énormément de temps à consacrer à l'ordinateur, Le Zhong Nomade souffre certes de cette suite de priorités... et j'en suis encore désolé... 

Si vous désirez, par curiosité ou par sympathie, suivre nos aventures de chemin, sans que cela ne soit point tourné sur le thé, je vous invite à visiter notre blog commun à moi et ma compagne de route: Trip de cru. Pour ceux qui ne le savaient peut-être pas, nous nous nourrissons presque uniquement d'aliments vivants, donc crus, et ce voyage a entre autre pour but de nous mettre en contact avec des spécialistes du domaine et de nous perfectionner dans le domaine de la gastronomie crudivore. Aussi ce blog est-il un carnet de route et de recettes vivantes réalisées au fil de nos péripéties. Je serais donc enchanté de vous y lire! À bientôt j'espère!

31 mai 2009

Le nomade et son Sencha Ashikubo

Je sais, ça fait extrêmement longtemps que je n'ai pas écrit. Désolé pour les visites vides pendant mon absence. L'automne a été difficile pour moi, l'hiver a été long, j'ai vécu une période de transition et aujourd'hui, disons, de renaissance. Pendant cette période le thé a toujours été à mes côtés, il m'a suivi dans mes moments de vacillements, le silence accompagnait les lampées de liqueurs divines... et c'est pour cela que je n'ai pas écrit. Je me devais de faire des articles sur le Blogue du dégustateur du Camellia Sinensis, conseiller derrière le comptoir les petites merveilles qui s'y trouvent, servir les thés au salon mais le thé demandait que je garde le silence sur mes impressions personnelle en tête-à-tête avec lui. Voilà. Et maintenant que je suis de nouveau sur la route, encore nomade mais cette fois pour assez longtemps (pour plusieurs mois si la Vie le veut bien!), un road-trip sur la côte ouest canadienne et américaine, mon zhong de voyage et mon bocal thermos me suivant pas à pas dans mes péripéties extrême-occidentales!


Je suis présentement en Colombie-Britannique, à Nelson plus précisément. La ville est superbe, les paysages magnifiques mais, ici, pas de bons thés. Des Earl Grey à la lavande et des Rooibos pomme-cannelle ça oui. Mais j'avais prévu le coup! Je suis parti avec plusieurs échantillons à tester en route et quelques sachets tous pleins de mes incontournables: Darjeeling First Flush, Huiming, Pu Er (quelques uns...) et, le plus approprié d'après moi pour faire des heures de route, le Sencha Ashikubo. Quelle merveille! Je ne m'en lasse simplement jamais! Cet équilibre, ce fruité, sa texture. Il réveille superbement les sens. Pour son prix, c'est vraiment un bijou. Il est d'ailleurs le plus populaire des Sencha au Camellia Sinensis, ce n'est pas pour rien, c'est bien que moi et mes collègues le recommandons à "tour de bras" à nos clients! Et le petit plaisir supplémentaire qui me vient de ce thé, c'est qu'il a été trouvé et sélectionné par Hugo et moi-même lors de notre voyage au Japon en 2008... je me réserve donc un petit orgueil à son sujet...! Comme thé de moyenne gamme à boire tous les jours, je ne saurai jamais assez le recommander! 


J'espère que vous vous portez tous très bien, je n'ai pas eu la chance de trop surfer la blogosphère du thé ces derniers mois, un simple besoin de me retirer... je sais que vous comprendrez. Au plaisir de reprendre contact avec vous!


15 octobre 2008

Un week-end chez papa







"Trav'lin' Light" de Billie Holiday

09 octobre 2008

Soleil liquide




Un Long Jing mémorable par un matin d'automne d'une beauté profonde. La nature toute entière s'était éclairée d'une tendre lumière, magicienne de l'instant.

29 septembre 2008


Toute la lumière du monde y est filtrée. Toute la tendresse. Si on avait à résumer tout l'or du monde ce serait ses feuilles. De légers lingots non moins inestimables, non façonnés par l'homme mais amoureusement par l'univers. La bourse, le cours du métal précieux, peut bien s'effondrer, lui, riche de tout cet or éphémère, resplendit humblement dans toute sa lumière. Ses plumes viendront bientôt qu'à tomber elles aussi mais dans la dignité de perpétuer la vie. Quand on meurt, on ne perd pas la vie, on la multiplie: le monde des vivants ne s'en trouve que réjouit, il pullule frénétiquement, il explose, en somme il savoure le carnaval de la transformation. La beauté simple. Aujourd'hui le balancement de l'or dans la brise d'automne, demain le terreau de jours heureux, noir comme l'or. La nature relève du miracle... les yeux ouverts, le coeur incrusté de nacre brillant, l'âme à la cime, l'or à la tête, je contemple paisiblement cet ami qui me donne tant.

19 septembre 2008

Détour


Le thé n'est qu'un prétexte; ce que je cherche véritablement est le silence de l'attention pendant chaque gorgée.

Photo par Hypergurl, Creative Commons

15 septembre 2008

Un moment sous la pluie




Un de mes petits plaisirs préférés, la douceur des tartines de confiture de fraises bénies d'un Darjeeling, me rappelle que je suis bien vivant et que la mort ne pas ma saisie lorsque nous nous sommes croisés la nuit dernière. Elle avait pris la forme d'une voiture et de son chauffeur -si on peut se permettre de l'appeler ainsi. Ce dernier ressemblait au cliché que je me fais des vieux noirs se berçant paresseusement sur le porche d'une maison délabrée d'Alabama, les petites  lunettes au bout d'un nez ridé. Le sol était luisant de pluie, noir comme l'encre humide. Nous nous sommes touchés. J'ai senti - malgré l'intense dégustation de Scotchs et Pu Er dont mon esprit se remettait à peine, - la force de cet instant, une fenêtre rien que pour moi, une exclusivité bouleversante: j'avais beau être avec mes amis, je serais mort seul. Coquette dans le luisant de la bruine, la mort m'a dit, regarde, je suis là, toujours aussi belle d'imprévisibilité, de nuances, t'en serais-tu douté?, j'aurais pu te prendre, voler ta présence, ici ta forme ne tient qu'au fil du rêve, aussi fragile qu'une brise tiède dans la moiteur des ruelles endormies. Un rêve bien réel, le pare-choc de la voiture posé contre ma jambe. Même si sur le coup je crie des injures au pauvre homme hébété, peu importe lesquelles sortent de mon ventre, je vois bien que ce n'est pas à lui qu'elles s'adressent, elles sont pour la mort, cachée sur la banquette arrière... c'est le moins qu'on puisse faire, on peut se permettre de crier au fauve que l'on sait en cage, la faux s'était déjà arrêtée. Une seule évidence, s'éteindre embaumé par les effluves des élixirs bus quelques instants plus tôt m'aurait fait paraître ce dommage plus léger, l'âme déjà propulsée au cieux n'en aurait à peine vu la différence.

Aujourd'hui je regarde les gens qui marchent sur la rue, j'en reconnais quelques uns qui habitent le quartier. Que je sois mort ou non, tout continue. Tout le rien ne change. L'harmonie du monde, au sein du chaos paisible de chaque moment qui passe.

Photo modifiée de l'originale par benoit_d, Creative Commons
Musique: Philip Glass par Kronos Quartet, String Quartet #3, "Mishima"

14 septembre 2008

Le retour du branleux

Eh bien coup donc! C'est ici ma maison! Au Québec on appelle ça un "branleux" (à ne pas confondre avec un "branleur"), c'est-à-dire quelqu'un qui n'arrive pas à ce décider. Il essaye quelque chose, tente un autre truc... C'est aujourd'hui ce que je suis... et je suis désolé d'avoir à me montrer à vous sous cet angle avec mes hésitations de la semaine.

Et que voulez-vous, j'arrive pas à écrire sur du blanc, je préfère le noir. J'ai réalisé que je ne pourrai pas me passer de faire de petites anecdotes théesques de temps en temps, que Le Zhong Nomade était pour moi aussi un endroit d'humour et de convivialité qui manquait au "trop sérieux" que je m'offrais dans une autre version de blogue. En fait, plus j'y pense, plus j'apprécie le style de Patrick de En forme de Poire, un mesclun de thé et de tout le reste, un melting teapot de plein d'affaires. Merci à Raphaël et Vanessa pour m'avoir fait réaliser assez tôt que j'avais le droit de simplement écrire comme je le sentais même si l'absence de commentaires n'impliquait pas forcément un désintérêt. À bientôt alors...

Grisaillerie


Un accouchement sans difficulté, un glissement hors du noir, une naissance d'un petit matin gris de son ciel. Il est d'un velouté terrible, immobile dans sa pesanteur. J'ai l'âme qui s'y mêle. Une tasse de thé se porte volontaire à la rescousse d'un réveil aussi lâche que celui de son hôte. La réincarnation avait été appelée pour une autre destination, il y a eu erreur je vous dis, ce sont les oiseaux du paradis que je vous avais commandé, non, c'est bien la bonne adresse d'esprit, y aurait-il eu un déménagement, oui, c'est bien possible, j'étais perdu. Un glissement hors du noir, c'est comme un accouchement sans difficulté, c'est ensuite de respirer qui brûle. Ce petit matin gris, tout lourd, il me montre que l'immobilité n'est rien d'autre qu'un glissement, si lent, que le velouté du temps est délectable.

11 septembre 2008

Pause

Dans l'air frais qui monte du sol d'un début d'automne beau comme un trésor, l'or oblique gratine doucement leur cime calme. Fontaines d'encre vert, la sève semble leur monter à la tête, au fond d'une chevelure quiète. C'est bien moi qui suis affolé devant leur sage immobilité. Un contraste frappant qui fait taire en moi toute demande, tout désir. Ces arbres paisibles ont été là, toute la journée, pour d'autres. Des hommes et des femmes, des enfants et des chiens, des romances et des déchirures, des poubelles qui débordent. Maintenant je choisis de m'arrêter à mon tour, de les rejoindre pour ce moment d'éternité, pour savourer les derniers rayons d'amour que déverse l'univers.

Bourdonnements et tourbillons de moucherons affamés frôlant la périphérie de l'âme, faisant se tendre les poils d'éther à la surface de mon corps. Je sens la tension du mouvement qui veut se perpétuer, qui me veut avec lui dans sa danse, qui a besoin que j'y participe... sinon il n'est rien.

Rien car, s'en est la preuve, les yeux amarrés aux plus grands maîtres qui soient, les géants de la lenteur, les arbres baignés de lumière, la renaissance m'envahit. Mon cœur bat sous l'écorce, il y est plongé vivant. Les racines me poussent, creusent l'âme du monde jusqu'à son plus caché, inavoué, les calmes couches n'appartenant à personne. Disparaissent ainsi les spasmes du faire. Les vagues déferlentes peuvent bien s'abattrent pour m'emporter, elles se butent à un banc de pierre d'autant plus solide que j'y suis ancré. L'œil du cyclone.

Sortir du mouvement est un art d'abandon, un abandon si simple mais qui requière la volonté de mourir à soi-même, fermer la porte au nez de celui qui croit être ce qu'il fait. 


10 septembre 2008

Surdose


OK. Ça me sort par les oreilles. Depuis que je m'occupe du nouveau blogue du Camellia et que ma vision du thé a pris un tournant un tantinet plus simple, écrire sur le sujet à deux endroits me donne carrément la nausée. Je sais que je ne consacre plus le temps nécessaire à poster régulièrement de nouveaux billets ni d'afficher de commentaires sur vos blogs que je lis trop peu (mais sachez que je trouve que la plupart d'entre vous font un travail extraordinaire... conservez votre passion à flammes dévorantes!). Je ne crains aucunement que la blogosphère francophone du thé souffrira particulièrement de la latence prolongée du Zhong Nomade.

J'ai posté, depuis les quelques dernières semaines, de petits textes ne portant pas précisément sur le thé. Je sais que mes quelques lecteurs sont des mordus invétérés du thé, c'était la mission de ce blog depuis le début, mais j'ai trouvé dommage de ne pas avoir plus de comebacks sur ce qui m'habite plus personnellement, dans mes délires poétiques. Écrire, c'est révéler aux autres ce que notre âme nous invite à découvrir de nous-même.  Et en ce-moment, à baigner à tous les jours dans le monde du thé, j'endure une surdose. C'est comme ça.

Seulement pour ceux que ça intéresse (et sachez que le thé ne risque pas d'être au rendez-vous...), vous êtes les bienvenus-es à venir visiter ce qui me servira de nouvel exutoire littéraire: Murmures de lumière

Je me promet de continuer à venir vous visiter... Continuez à vous enivrer d'infusions merveilleuses, le thé est béni de par tous les élixirs! À bientôt!

03 septembre 2008

Jours de soleil

Les parcs baignés de soleil me donnent des frissons. Des frissons de bien-être. Les grands arbres aux teintes de verts si éclatés de lumière, la brise tiède qui les fait marmonner de vagues récits d'une langue étrangère que l'on comprendrait si l'on écoutait bien, les gens installés dans son sein qui s'affairent à se trouver des fils de discussions ou des bricoles sur quoi faire joujou. J'aime l'ombre et son herbe si fraîche et son mouvement qui tend toujours à nous fuir, comme si le soleil amoureux de notre chair fragile se vouait à nous embraser où que nous tentions de nous cacher. Ces jours ensoleillés sont bénis. Ce sont ces quelques oasis de tiédeur, de lumière, de parfums aériens emplis de vie, qui me font survivre tout le reste de l'année. 

Je suis sur un banc. Christian Bobin illumine la noirceur de la lumière de la mort de sa femme. Il nous dit que la vie est dure... Sûrement est-ce aisé de convaincre le commun des mortels autre que moi, j'ai du mal à le lire. J'aimerais pouvoir accepter ce fait. La réalité c'est que j'ai commencé ma vie en croyant que tout était si merveilleux, la vie je t'aime, écrivai-je avec une branche dans la neige ou dans le sable pendant les années de mon enfance et de mon adolescence. Puis sont venues les expériences. Celles que l'on oublie parce qu'on le veut bien mais qui ne nous quittent vraiment jamais. Celles qui nous donne l'impression d'être plus sage mais qui plutôt nous crispent, nous coupent de cette innocence, celle de l'oiseau, de l'idiot du village ou du chat devant le trou de la souris qu'il guette. Cette simplicité du coeur, je la retrouve lorsqu'une branche enivrée de soleil laisse filtrer de ses feuilles abandonnées un rayon bienveillant. M'a-t-elle donc quitté qu'une seule fois déjà? Non, elle est toujours là, cette fraîcheur, cachée sous les duvets des années, des moments de perdition. Elle est là qui guette, qui attend, comme la souris défiant le chat de l'autre côté de sa vie.

28 août 2008

Strange, le monde est strange

Suite au strip-tea-se de Ségolène on me demandait si je pouvais prochainement mettre à nue une de mes galettes cloîtrées depuis quelques mois... Rien n'est plus attirant qu'une recluse ayant pris les voeux de chaste-thé pour faire fantasmer la galerie. Je n'aurais tout de même pas cru le faire de sitôt mais Raphaël de Black Teapot m'a donné le goût d'aller sniffer de par leur entreposage pour voir si une amélioration potentielle de la jeune condition les affligeant serait perceptible au simple flair. Eh bien ça sentait bien bon tout ce joli p'tit monde! 

Presque au hasard, j'attrapai une galette que j'avais goûté une seule fois à sa réception l'an dernier. Une galette étrange: ni Pu Er ni thé noir, elle est supposé se bonifier avec l'âge mais... ouais, bon. Son nom lui va bien: 2006 Feng Hua "Qi Cha" (strange tea)* Raw Pu-erh Tea of Yong De (Yunnan Sourcing, 36$US). Scott mentionne qu'elle est very special. En effet. Fleuri (ylang-ylang), légèrement fruité (raisin blanc, pamplemousse), boisé (santal, vetiver), belle épaisseur, persistance moyenne (florale). Ressemble beaucoup à un Yunnan Dian Hong Gong Fu mais avec une note Pu Er dans sa minéralité et sa texture plus sucrée, moins lourde, plus fleuri. C'est pas très complexe, c'est loin d'être fantasmagorique mais ça a du "Qi" (oh là là, je me met en terrain glissant là...) et c'est légèrement vallonné en relief. Après un litre ça deviendrait un peu écoeurant, mais en gong fu cha avec une pause ça et là, c'est quand même bon. Du moins pour le prix...

25 août 2008

Un premier amour

Image modifiée de la photo originale de play4smee, Creative Commons

Léandre aime le thé depuis le premier jour où elle lui a goûté. Ses veines ont frémi de bonheur, de petits frissons de lumière, des sourires fluides de couchers de soleil lui ont traversé tout le corps. Au fond d'elle, un papillon d'or est né. Elle s'est dit: Mais comment un tel élixir, une si simple brise liquide, peut-elle me transformer au point de faire saillir en moi cette sensation... lui et moi ne feront qu'un, dilatés, toute cette vie. Une véritable alchimie. Et Léandre de grandir, bourgeon après bourgeon, tasse après tasse, au gré de ce qui lui coule au coeur de son petit coeur palpitant tout l'or du monde. Certains jours le duvet bienfaiteur d'une tendre pousse, antenne tendue aux cieux, d'autres fois l'essence de grandes feuilles brunies par le temps, par des années de recroquevillement, d'altération, de maturité... car comme elle, le thé grandit, grandit en profondeur de l'âme, en sagesse de l'Être. Petite fée, blottie dans ses rêves de chair et d'amour, elle sait que tout arrive comme le sang coule par lui-même dans nos veines, un élixir, tout comme le thé. Le papillon en elle s'affole, il a vu la lumière. La lumière qui s'exalte au loin, un appel, un miracle. Tout miracle arrive du dedans de nous-même malgré qu'il semble arriver d'ailleur... Cela Léandre le sait déjà, elle en est un elle-même, un miracle. Et ce faisceau, cette aspiration, cet inévitable voyage, l'invite à l'abandon. Il est temps de naître, encore une fois. Léandre aime le thé depuis le premier jour, ses veines ont frémi de bonheur, son coeur s'en est fait ensorceler. Elle en boira toute sa vie, dilatée, comme le col de l'utérus de sa mère, leur permettant d'entrer dans la lumière du tout, elle et son papillon.

22 août 2008

Sprawling hot Sego goes wild



"2 Wicky", Hoover





















18 août 2008

Ça s'arrose!


J'ai une nouvelle gong fu... Je l'adore. En quelle terre est-elle? Ni zhuni, ni zisha, ni duanni... Est-ce qu'elle est de potier? Non monsieur, elle est faite en série par des Taiwannais sous payés (sûrement)! Elle n'a donc pas d'âme. Et pourtant, elle prépare d'exquises liqueurs... Elle est en porcelaine, elle est neutre, elle est amnésique. Une amnésique polygame. Elle ne se souvient jamais des thés qui lui ont fait la chose, toutes familles confondues; en retour elle ne les aide en rien. Une alchimie clinique. Une vasque, une vague. L'union des seules choses qui se doivent d'être. Elle supporte, elle est aveugle. En fait elle ne veut rien voir. Moi je la trouve belle dans sa modeste apparence, les arômes s'en trouvent parfaitement libérés. On fait les fous tous les deux.

À l'aveugle j'ai fait des dégustations comparatives entre zhong, yixing cheap et Ségolène (on va dire que je vais l'appeler de même juste pour le trip... et avec un nom pareil, Parfaite Lumière ne sera pas jalouse!) pour conclure que les meilleures infusions provenaient de cette dernière petite coquine blanc crème de 10 cl. Elle a l'avantage sur le zhong de pouvoir se faire arroser. Et à 35$, on a pas peur d'éternuer pendant l'infusion. 

12 août 2008


Par la vitrine, un chien et sa maîtresse, sur le trottoir. Le temps est lourd comme une poêle de fonte. Ma peau me fait sentir à l'étroit. J'enlèverais bien tout ça mais je ne peux pas, la fermeture éclair de ma chair est bloquée sous l'oeil du public. Forcé à être là, je m'abandonne à ce poids.

Le couvercle du zhong retient les feuilles. Je ne changerais pas de place avec elles, quoiqu'elles se baignent, l'eau a l'air trop bonne. La liqueur est souple, c'est un de ces vieux sages de 50 ans. Un qui en a vu des jarres, des mains d'enfants de producteur. Je pense aux cueilleuses qui ont prélevé ces bijoux. Elles sont sûrement mortes maintenant, emportées par une vague, celle du temps, comme celle qui me fera avaler cette infusion, qui absorbera les feuilles dans son néant, qui nous engloutira nous-même comme si n'avions jamais été. Une infusion de nous-même pour la terre. Je pense à cette eau que je verse. Elle a déjà été bue, pissée, rebue, repissée. Elle a connu les nuages, les montagnes, les fleuves, les aqueducs municipaux. Elle a connu de près certaines joues tristes, des joies sans nombre, des naissances et des départs, des soleils couchants et des marées de lune. Maintenant ma tasse. Elle est porteuse. Porteuse d'arômes, de l'âme d'une terre et de ses habitants de naguère. Je l'honore dans tout son précieux.

Le chien de la dame s'abreuve d'une flaque où flottent quelques feuilles d'un arbre à l'ombre généreuse. Son dos est secoué de frissons. Je sais qu'il est aussi heureux que moi.

06 août 2008


<< Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d'amour. Qu'ils soient bénis. C'est grâce à eux que la terre est ronde et que l'aube chaque fois se lève, se lève, se lève. [...] Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous même -aussi naturellement que peut le faire la vue d'un cerisier en fleur ou un chaton jouant  à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c'est leur présence. L'autre travail, ils le font pour les apparences, parce qu'il faut bien faire quelque chose et que personne ne va vous payer simplement pour votre présence, pour les quelques bêtises que vous dites en passant, ou pour la chanson que vous fredonnez. [...] Quoi qu'ils fassent, cela vous met du rouge au coeur, du clair au lèvres. >>

Christian Bobin, tiré de "Tout le monde est occupé"